C’est rare de voir une affaire d’insulte raciste dans le football arriver devant la justice. C’était pourtant le cas ce lundi au tribunal de Nantes.

Un entraîneur du FC La Montagne (Loire-Atlantique) a été condamné lundi à trente jours-amende à 10 €, soit une amende de 300 € à régler sous un mois, sans quoi les jours non payés pourront être purgés en prison, pour les insultes racistes qu’il avait proférées envers un dirigeant de l’US Bouguenais le 22 avril 2018.

Pierre (prénom d’emprunt) devra aussi verser 250 € de dommages et intérêts au Bouguenaisien : « Tais-toi, sale Noir » avait-il lancé à ce spectateur d’origine camerounaise qui lui avait demandé de « se calmer » lors d’une fin de match houleuse. Ce match au sommet groupe G de quatrième division de district, où la première place en jeu, s’était alors soldé par une défaite à domicile du FC La Montagne.

Pour l’altercation qui avait suivi, le coach avait déjà écopé de quatorze matchs de suspension en commission de discipline. Le plaignant avait lui été suspendu quatre matchs, a rappelé la présidente du tribunal correctionnel de Nantes.

« Je réfute totalement cette accusation faite à mon encontre : je suis dirigeant et éducateur sportif depuis des années, [le respect] c’est la base de ce qu’on inculque aux enfants, s’est défendu lundi l’entraîneur de football. Cette plainte lui a été suggérée par le président de son club en vue de la commission de discipline, histoire de sauver les meubles. »

Une infraction peu dénoncée par la justice

Le mis en cause, 46 ans, a également dit ne pas avoir employé le mot « Noir » mais celui de « karlouche » … ce qui désigne une personne noire originaire d’Afrique subsaharienne ou des Antilles. « Ce n’est pas une insulte raciste » considère-t-il.

Problème : le coach montagnard a déjà été condamné quatre fois par le passé. Il était d’ailleurs sous mise à l’épreuve au moment des faits pour une « récidive de conduite en état d’ivresse », un « délit de fuite » et des violences conjugales survenus en janvier 2016. Ce père de trois enfants, divorcé et qui travaille comme ouvrier dans l’aéronautique, a toutefois assuré à l’audience qu’il ne consommait « plus d’alcool » à présent. Il se défendait à l’audience seul, sans avocat.

« Ce type d’infraction vient rarement à l’audience, même si elle est fréquente, car elle est peu dénoncée à la justice, a relevé le procureur de la République. On en a seulement quinze à vingt, chaque année, sur le ressort du TGI de Nantes… Mais on ne peut pas banaliser ce type de propos, qui ont donné lieu à des plans d’action interministériels. »

Le représentant du ministère public avait donc lui aussi requis ces trente jours-amende à 10 €, mais aussi un stage de citoyenneté à l’encontre de l’entraîneur de foot « pour qu’il se fasse réentendre les conditions du vivre-ensemble en société ».

Avec Guillaume Frouin / PressPepper


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