Comment est né ton projet de partir jouer en Angleterre ?
« Cette décision, je ne l’ai vraiment pas prise sur un coup de tête ! C’est un projet mûrement réfléchi, et ce, depuis plusieurs années. Je dirais que le point de départ coïncide avec mon expérience au sport-études régional du lycée Chevrollier à Angers. Le fonctionnement et l’esprit étaient similaires à celui d’un centre de formation et je n’étais tout simplement pas prêt mentalement pour y faire face.
L’expérience sera finalement de courte durée puisque je suis parti au bout d’un mois. Plus tard, j’ai eu l’occasion d’échanger avec Grégory Tadé qui avait commencé sa carrière en Écosse. Son retour d’expérience a vraiment eu un écho particulier en moi, comme un déclic. A partir de là, l’idée de tenter l’aventure Outre-Manche ne m’a plus quittée.
Et puis, je ne voulais pas me réveiller un matin à 35 ans, et me demander pourquoi je n’avais pas tenté ma chance. J’ai donc pris le temps de terminer mes études et d’obtenir un Bachelor en école de commerce, afin d’assurer mes arrières et de ne pas tout miser sur le football. »

Quelle a été la réaction de ton entourage ?
« J’ai dû convaincre mes parents. Il n’était pas contre ce projet, mais je me devais d’avoir un objectif autre que le foot. Outre l’expérience de l’immersion dans un autre pays, c’est la perspective d’améliorer, voire de perfectionner mon anglais qui les a rassuré. D’autant plus que l’anglais est un atout non négligeable dans le milieu professionnel dans lequel je souhaite exercer. »

Comment as-tu préparé ton aventure en amont ?
« Les mois précédents mon départ, je me suis renseigné sur les équivalences des niveaux entre la France et l’Angleterre, les opportunités pour les joueurs étrangers, l’organisation des championnats, etc… Je me suis par exemple aperçu que je n’aurais que très peu de chances d’intégrer un club sur Londres à cause de la trop grande concentration de joueurs étrangers dans la capitale !
J’ai dû contacter plus de 150 clubs à travers toute l’Angleterre pour seulement sept réponses ! Parmi les clubs qui avaient pris le temps de me répondre, quatre d’entre eux évoluant en D8 et situés dans le Nord de l’Angleterre, dans la région de Leeds, m’ont répondu positivement. »

« Le club est hyper-réglo avec les joueurs ! »

Tu es donc parti un peu dans l’inconnu ?
« J’ai posé les pieds sur le sol britannique début juillet. Comme convenu, je me suis présenté dans les différents clubs qui avaient répondu positivement à ma sollicitation. Les trois premiers essais se sont avérés infructueux puis ça s’est très déroulé au Goole AFC. A l’issue de mon premier entrainement, le coach me propose de participer à un match amical de présaison. Lors de ce match, malgré notre défaite 2-1, ma prestation est jugée convaincante et ils m’ont proposé de signer. L’aventure pouvait enfin commencer ! »

Quelle est ton organisation au quotidien ?
« Avant toute chose, il faut savoir que le système pyramidal anglais est assez différent de ce que l’on peut connaître en France. De la Premier League (D1) à la National League (D5), il n’y a qu’un seul groupe par division. Jusqu’en National League, les joueurs ont le statut de professionnel. De plus, en D5, il n’est pas rare que des joueurs soient payés 2500 € / semaine !
Ensuite, de D6 à D8, les joueurs sont considérés comme semi-pro, même si certaines équipes de D6 ont des budgets au moins équivalents à ceux de D5 par exemple. De mon côté, j’évolue dans l’un des clubs avec le plus petit budget de notre division. Autant dire que mon salaire de 70£/semaine (soit environ 100€) ne me permet pas de vivre du football. Néanmoins, le club est hyper-réglo avec les joueurs, nous sommes payés tous les week-ends, sans exception. »

As-tu un job en parallèle du football ?
« Comme le football ne me permet pas de vivre, J’ai donc rapidement trouvé un job de 20-25h par semaine chez Mc Donald. Ils étaient très flexibles sur les horaires, ce qui me permettait de m’entraîner comme je le souhaitais. Récemment, j’ai décroché un nouveau job, plus en adéquation avec mes études, dans une entreprise américaine où je suis coordinateur sur le marché français. »

Je n’ai pas un physique taillé pour le championnat anglais (1,81m pour 70 kg) et c’était compliqué pour moi au début dans les duels. Pour l’anecdote, je me suis cassé deux fois le nez depuis mon arrivée (rires).

L’adaptation à la vie locale est-elle facile ?
« Avant d’arriver en Angleterre, même si j’avais des bases en anglais, je dois reconnaître que j’étais une bille par rapport à mes camarades de promo en école de commerce ! Ici, je n’ai pas eu le choix, j’ai été obligé de m’adapter pour communiquer. Aujourd’hui, je suis bien plus à l’aise. Je pense que cette maitrise de la langue a été un atout de taille dans le recrutement pour mon nouveau job.
D’un point de vue général, bien qu’il y ait des différences culturelles, l’Angleterre, c’est la France ! Je me suis vraiment bien adapté à la vie locale. Seules les démarches administratives prennent un peu plus de temps, notamment pour l’ouverture d’un compte en banque et l’acquisition du National Insurance Number qui te permet de travailler sur le sol britannique. Mais le temps d’adaptation est vraiment réduit. Au bout de 3 mois, ma copine et moi, nous avions chacun un job et nous étions bien installés à Bradford, une ville d’environ 100 000 habitants près de Leeds. »

Et avec tes coéquipiers ?
« Au tout début, avec la barrière de la langue, c’était assez compliqué. Surtout quand tu évolues au poste de gardien de but où tu dois communiquer avec tes coéquipiers. Ensuite, même si ils ont l’habitude de croiser des étrangers, mes coéquipiers étaient curieux de savoir ce qu’un français de 21 ans était venu faire en D8, dans un petit club du Yorkshire ! Malgré cela, j’ai rapidement pris mes repères au sein du groupe et mon intégration s’est bien déroulée. »

Que peux-tu nous dire du niveau du jeu ?

« Si je devais comparer avec ce que j’ai connu en France, il y a davantage de rythme et d’intensité dans les duels. Quand tu es gardien, tu as intérêt à te faire respecter. Je n’ai pas un physique taillé pour le championnat anglais (1,81m pour 70 kg) et c’était compliqué pour moi au début dans les duels. Pour l’anecdote, je me suis cassé deux fois le nez depuis mon arrivée (rires). Sinon, les rencontres sont très ouvertes. En tant que gardien, je suis très sollicité !
Pour te donner un aperçu, sur les 32 matchs auxquels j’ai participé, seulement 4 se sont soldés sur des clean-sheet (aucun but encaissé) ! Une chose est sûre, je prends davantage de plaisir à évoluer en Angleterre ! Une autre différence importante, c’est le nombre de matchs joués dans une saison. Sur l’ensemble de la saison, championnat et coupes confondus, j’ai joué 42 matchs !
Entre début août et fin octobre, nous avions deux matchs par semaine (mardi et samedi), puis seulement le samedi durant l’hiver car les terrains souffrent durant cette période et il n’y a aucun synthétique. La fin de saison est donc très chargée. »

« Avant d’afficher tes ambitions, tu te dois de prouver sur le terrain ! »

Comment envisages-tu la saison prochaine ?
« J’espère aller voir plus haut très rapidement en effectuant des essais dans des clubs de D5/D6, sachant que même en D6, les gardiens sont souvent des ex-pros de haut niveau. J’aspire donc à une place de n°2 dans un premier temps. »

Et ensuite ? Souhaites-tu rentrer en France ?
« Pour le moment, je n’envisage absolument pas un retour en France ! Je me laisse cette saison pour prendre une décision par rapport à mon avenir. Si je n’ai aucune piste sérieuse à l’issue de celle-ci, je prendrais le temps de réflexion nécessaire. Même si je ne suis pas venu ici en espérant jouer à Manchester United ou à Chelsea, j’ai l’ambition de pouvoir vivre du foot à court terme même modestement. »

Quels conseils donnerais-tu à ceux qui souhaitent aussi se lancer dans l’aventure Outre-Manche ?
« Cela se résumerait en 2 mots : patience et organisation ! Le plus important, c’est déjà de savoir où poser ses valises ! Ensuite, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’il y a déjà beaucoup de joueurs étrangers, même en D8, et que les clubs locaux n’attendent pas les joueurs étrangers, tout simplement car ils n’en ont pas besoin !
Dans ces conditions, il est donc quasi-impossible de vivre du foot dès le début. Ceux qui pensent pouvoir débarquer en Angleterre et vivre du foot en un claquement de doigts, ils se trompent lourdement ! Il faut donc savoir être patient et procéder dans l’ordre, en travaillant en parallèle du foot notamment. Et puis, il ne faut pas oublier l’état d’esprit anglo-saxon : avant d’afficher tes ambitions, tu te dois de prouver sur le terrain ! »

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