Stéphane Ziani et Fredéric Da Rocha à la Jonelière, un lieu qu'ils connaissent très bien ! (Photo Jérôme Bouchacourt)

Tous deux qualifiés en coupe Gambardella, Stéphane Ziani (FC Nantes) et Frédéric Da Rocha (USJA Carquefou) se confient sur leur manière de fonctionner. Une rencontre enrichissante.

Après votre carrière de joueur, vous aviez pensé à devenir entraîneur ?

Stéphane Ziani : « Très honnêtement, je n’y pensais pas du tout. Je ne savais pas si j’allais rester dans le foot. Mais on a été éduqué dans l’amour du jeu et comme Fred, on aime les gens, le collectif et on est généreux. »

Frédéric Da Rocha : « Mes deux garçons se sont mis au foot donc ça me permettait de passer du temps avec eux. Ça m’a donné envie. J’ai commencé par les U10/U11. Je me suis pris au jeu et j’ai passé mes diplômes. »

Qu’est-ce qui vous a surpris en passant la barrière ?

FDR : « Avant de venir au FC Nantes, j’ai joué dans des petits clubs. On connaît l’environnement. Le plus dur à gérer, ce sont les parents. Il faut leur faire comprendre que les gamins sont là pour se faire plaisir. Ils veulent tous qu’ils jouent dans la meilleure équipe. J’ai vu des comportements hallucinants, sur la manière de parler aux arbitres, aux joueurs. »

SZ : « C’est un vrai problème. Le football amateur a copié les mauvais côtés du football professionnel. »

Quel est la différence dans votre rôle d’éducateur ?

FDR : « C’est plus facile de gérer les jeunes dans le monde amateur que dans un centre de formation. Il faut prendre l’exemple du gamin qui n’a joué que deux matchs pros à Marseille et qui refuse de signer avec le club. C’est un truc incompréhensible. Toute décision prise dans un centre, même si elle est animée par le bien de l’équipe ou du gamin, elle peut être mal prise et déclencher un bras de fer. »

SZ : « On essaye de sensibiliser les joueurs. Notre rôle est de construire des bases solides alors que leur environnement ne pense pas forcément au sportif. Il y a des parents et des agents qui sont dans le partenariat, même ça reste trop rare. Ils veulent aller vite et peu importe si le joueur est prêt ou pas. Nous, on veut construire des bases quand eux sont déjà dans la finalité. »

Comment êtes-vous avec vos joueurs ?

FDR : « Je suis très exigeant avec eux car je veux leur montrer qu’on peut faire de belles choses même en ayant peu de moyens. On nous a appris à aimer le jeu, à jouer les uns par rapport aux autres. J’ai envie, quand ils ont le ballon, qu’ils apprennent ce qu’ils peuvent faire et pas voir le ballon passer au-dessus de la tête. Un joueur en mouvement, qui cherche à réfléchir, à jouer avec les autres, c’est intéressant. »

Qu’avez-vous gardé de votre formation au FC Nantes ?

SZ : « Inconsciemment, on se rapproche des entraîneurs qui nous ont formés, notamment Raynald Denoueix et Coco Suaudeau. Les principes étaient de se comprendre, de jouer ensemble. Naturellement, on applique ça au quotidien. »

FDR : « Il faut tout d’abord mettre les meilleurs éducateurs à la base, chez les tout petits. Et ensuite tu vois le boulot qui est effectué. »

«  Les gamins aujourd’hui, c’est Messi, Ronaldo ! »

La Gambardella, ça représente quoi ?

FDR : « Pour mes joueurs, c’est leur coupe de France ! Ils vivent cette compétition à 150% et il faut qu’ils gardent ça. Ce sont des aventures humaines qui sont extraordinaires ! »

SZ : « Les parcours en coupe ou en championnat, comme notre génération 2002 a pu le vivre l’an dernier, ça renforce encore la cohésion, la confiance et c’est très important dans la construction du gamin. Pour nous, cette année, c’est bien car ça permet de jongler avec les U18 et les U17. On peut travailler avec Johann Sidaner (l’entraîneur de l’équipe U17, N.D.L.R.), partager ces moments-là entre catégories et même entre staffs. »

Le FC Nantes a plus la pression que Carquefou dans cette compétition ?

SZ : « A cet âge-là, c’est hyper fragile car tout se joue sur un match. On a la chance de ne pas avoir d’objectif à atteindre en termes de résultat. On n’a aucune pression. Si on est éliminé par Angers dimanche, il n’y aura pas de honte à avoir car c’est aussi une très belle équipe. Ce ne sera pas la catastrophe et ça ne changera pas notre mission. En revanche, si on arrive à faire un beau parcours, les joueurs vont avoir des émotions fortes, un peu de pression, ce sont tous les éléments du haut niveau. »

Votre passé de joueur vous aide-t-il au quotidien ?

FDR : « On peut parler de la manière qu’on a vécu certaines expériences. Mais les gamins aujourd’hui, c’est Messi, Ronaldo… Ils savent ce qu’on a fait et ça nous donne un certain crédit d’avoir été champion de France. Cela étant, ça ne suffit pas. Les joueurs ne sont pas fous, ils voient ce que tu proposes, si tu es cohérent dans ta manière de travailler. De toute manière, ils n’étaient pas nés en 2001 (rire). »

SZ : « Je parle rarement de mon passé de joueur. C’est lointain. On n’est pas là pour bomber le torse. Mais c’est intéressant pour leur faire profiter d’une situation, du déjà-vu. Il faut partager l’expérience dans le bon sens du terme si ça peut leur servir. »

FDR : « On n’est pas là pour étaler notre histoire. »

SZ : « Les joueurs sont plus à l’écoute de tes compétences tactiques et techniques que de ton CV. Si tu es un tocard, ils vont vite te repérer et ils ne vont pas te respecter. Sinon, ce sera très compliqué. Le jeune est assez égoïste. »

FDR : « Les jeunes veulent voir s’ils progressent et s’ils gagnent. La finalité est de leur faire comprendre qu’ils apprennent à jouer au foot. »

Il y a des choses que vous vous enviez ?

FDR : « Ce qui me manque ? C’est pouvoir s’entraîner tous les jours et les infrastructures. Même si je ne suis pas à plaindre, cela n’a rien à voir. Educateur dans le monde amateur, c’est formateur. Il y a plein de choses à gérer. »

SZ : « J’ai fait des piges dans le monde amateur et ce qui m’a plus, c’est ce sentiment d’appartenance au club. Le foot est un prétexte aussi pour se retrouver et passer un bon moment ensemble. Dans le milieu pro, c’est plus difficile à créer même, si cette année, par la constitution du groupe, il y a une vraie amitié. Après, le bonheur à Nantes, c’est que tout est fait pour te mettre dans les meilleurs conditions »

FDR : « Cinq minutes avant l’entraînement, on peut me prévenir d’une absence. Tu ne sais jamais si tu auras ton groupe au complet. Il y a une discipline à mettre en place. »

SZ : « A Saupin, on n’a pas de lieu de convivialité. Ça vit super bien à l’intérieur, mais on ne peut parfois le partager. Tout s’arrête à la fin du match. »

Vos enfants, ils vous aident dans la compréhension de cette génération ?

FDR : « Pas du tout car que le terrain, je suis le coach, je ne suis pas son père. »

SZ : « J’ai eu Sacha pour la première fois cette semaine et c’est pareil. En revanche, ça nous aide à leur parler. On connaît leurs problématiques, surtout émotionnellement. Parfois, on a tendance à mettre de jeunes éducateurs avec des plus jeunes, mais ce n’est pas forcément vrai. On a leurs codes et ça aide aussi à percevoir un mot comme n’étant pas un manque de respect. »

FDR : « Il faut être autoritaire, mais savoir lâcher. Il faut savoir chambrer aussi. Moi, je suis un gamin. Quand tu es footballeur, tu es chambreur. Ils savent que je peux rigoler, mais qu’il y a des choses que je ne laisserais pas passer. »

SZ : « Ils ressentent, quand tu es dur, si c’est pour leur bien ou pas. Si c’est pour te soulager, qu’il y a de la méchanceté derrière… Le droit à l’erreur fait partie de l’apprentissage. Il n’y a pas de méchanceté et rien n’est définitif. Tu peux être rigoureux, exigeant, mais il ne faut jamais être méchant. »

«  Ce qui faisait notre force, c’était un vécu commun et hors du foot ! »

Il y a des messages de Coco ou Raynald que vous ressortez ?

FDR : « C’est au quotidien. Si je leur demande souvent ce qu’ils aiment dans le foot. Coco, il l’a faisait à tout le monde. Tu répondais marquer, faire marquer… Et il te défonçait. Tu n’as rien compris, c’est courir. »

SZ : « C’est tellement ancré en nous qu’on finit par se les approprier tout en pensant que c’est notre réflexion. On est dans un transfert d’expériences. »

Par exemple ?

FDR : « Lorsqu’on était à la Jonelière, on a mangé des gammes. Mais si je ne fais que ça dans un club amateur, je perds mes joueurs. »

SZ : « La richesse du monde amateur, c’est une bonne école car il faut qu’ils s’amusent tout le temps. Ça oblige à faire des exercices ludiques tout en travaillant. Nous, on peut se le permettre car il y a beaucoup de séances. »

FDR : « Moi, j’ai trois séances dans la semaine. Mais je ne suis pas salarié, tu vois la différence. »

SZ : « J’ai commencé à La Baule. Si tes entraînements, tu ne les intéresses pas, ils ne viennent plus. Là, ils sont obligés de venir. C’est du confort. J’ai vu plein de coachs dans le monde amateur qui n’avaient pas de vécu, mais ils étaient entraînants, captivants. Tu vois des clubs, sans évoluer à un bon niveau, ils sont 25 à l’entraînement, ils arrivent avant et restent après car ils prennent du plaisir. Ça, c’est plus difficile à dupliquer dans le monde pro et c’est parfois là qu’on se trompe. En National 2, il y a une ambiance de folie, on a aussi de la chance chez les jeunes, mais ce n’est pas toujours le cas. C’est tellement important. Si on doit parler de nous, ce qui faisait notre force, c’était un vécu commun et hors du foot. »

Il y a une place en dehors du FC Nantes ?

SZ : « Oui et heureusement. Tu as plein de clubs qui bossent bien, avec une vraie histoire. »

FDR : « Ce qui est compliqué, c’est que les instances veulent diplômer les éducateurs. C’est bien, mais après qui les paie ? C’est le problème. En amateur, l’argent manque. Ça a ses limites. Dans le développement, sur la durée, il faut des moyens. »

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