La nouvelle recrue de Footamateur.fr vous a préparé un récit émouvant sur le football d’après, celui des vétérans… qu’il a découvert récemment.

Vendredi soir, posté derrière la fenêtre, houblon à la main, je ricane – non sans condescendance – avec mes compères en regardant l’équipe loisirs. Perché au sommet des illusions dont la jeunesse se berce, je lâche un « Jamais », ce foot-là n’est pas pour moi… Moi j’arrêterai tout, je ferai – comme tout le monde – de la course à pied, un semi, un marathon, un trail, un ultra, un triathlon, la diagonale des fous. Je m’essaierai au badminton et au tennis. Je coacherai. Je profiterai des miens en admirant mon petit ventre bien mérité après des années de sacrifices !

10 ans plus tard… Dimanche 8h15. Sac à la main, je passe la porte du stade pour mon premier match vétérans, tout juste remis du match loisirs du vendredi. Je suis le premier, j’ai replongé. J’ai découvert ce monde inconnu, confidentiel, marginal, qui échappe encore à l’exposition des médias du foot amateur où se mélangent amour du foot, nostalgie, passes trop profondes et rhumatismes. Les premières foulées grincent un peu, on s’échauffe peu, on chambre beaucoup.

L’arbitre arrive cinq minutes avant le coup d’envoi, un volontaire d’un autre club… un roulement difficile mais nécessaire. Le dernier joueur débarque de nulle part, sur son vélo et les yeux brillants. Le match peut commencer. Le score évolue vite, les « beaux restes » succèdent aux maladresses, la lucidité est aléatoire. Les sexagénaires tentent d’arrêter les trentenaires par un bon placement. Le niveau est tantôt rassurant, décevant, étonnant.

80e minute, le match s’arrête. On t’a enlevé 10 minutes de plaisir. Le score importe peu, les (anciens) combattants se congratulent avec respect (le plus souvent). Dans ces matchs anonymes, le gardien n’en est pas toujours un, les genouillères sont aussi nombreuses que les paires de Kaiser et de Copa Mundial. Il reste des tubes de Musclor dans certains sacs. Dans ces matchs anonymes, on y découvre des terrains inconnus du District, des clubs que tu n’as jamais croisé en ligue, alors que ce sont tes voisins. Dans ces matchs anonymes, on retrouve des anciennes gloires de divisions qui n’existent plus, des joueurs qui débutent, des inconnus.

Il y a malheureusement toujours celui qui râle autant qu’avant, celui qui a toujours le tacle méchant, le mauvais perdant, celui qui vit une « deuxième carrière », le club qui joue la gagne coûte que coûte. Mais le plus souvent, heureusement, les tensions sont apaisées par le temps. L’enjeu disparu, on a plaisir à retrouver ses anciens coéquipiers et adversaires. Dimanche, 11h, posté derrière la fenêtre, un houblon à la main, on ricane en regardant les U17, nos enfants, les enfants de nos potes. On leur souhaite d’en profiter longtemps, jusqu’au foot d’après.

Fi.O

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