Jonathan Raoul estime qu'il devait avoir un contrat de travail de trois ans avec le FC Nantes.
Jonathan Raoul estime qu'il devait avoir un contrat de travail de trois ans avec le FC Nantes. (Photo Ligue de Football des Pays de la Loire)

Viré du FC Nantes en mai 2017, après tout juste une saison à la tête de l’équipe féminine, Jonathan Raoul n’avait en fait pas de contrat de travail. 

L’ancien entraîneur « bénévole » de l’équipe féminine du FC Nantes a demandé jeudi aux prud’hommes de condamner le club à lui verser un peu plus de 25.000 € de dédommagements pour s’être livré à du « travail dissimulé » sur sa personne.

Pour rappel, Jonathan Raoul avait été « recruté » en avril 2016 avec la « double casquette » de responsable de la section féminine et d’entraîneur de l’équipe fanion « pour trois ans », selon son avocate, Maître Margaux Le Sage. Son client devait toucher pour cela une « rémunération » annuelle de 8.000 € sur dix mois, soit 800 € par mois, sous forme de remboursement de « frais fictifs ». Aucun contrat de travail ni bulletin de paye n’avait toutefois été édité, alors que le coach se trouvait sous la « subordination » du président de l’Association FC Nantes, Jacky Soulard.

Jonathan Raoul avait finalement été congédié au terme de sa première année de « contrat », en mai 2017, « sans la moindre explication » après avoir été « convoqué par SMS » à un « entretien informel ». Ses résultats étaient pourtant « exceptionnels », selon l’avocate : son équipe était restée « invaincue en championnat » et il avait « battu le record du club en coupe de France ».

« Les frais kilométriques, une rémunération déguisée ! »

Jeudi, à l’audience, Maître Margaux Le Sage a estimé que les conditions d’une « relation de travail » étaient réunies dans ce dossier. « Mon client devait coordonner le travail de son adjoint, de l’entraîneur des gardiennes de but, un ostéopathe et un préparateur physique, a rappelé l’avocate du coach. Il avait aussi la charge du suivi administratif et sportif de la section, devait superviser une salariée en apprentissage et avait la charge de la détection de jeunes joueuses. »

L’avocate a également relevé que les entraînements de l’équipe fanion avaient lieu à « heures fixes » et que son client devait se prêter à un « suivi personnalisé » de ses joueuses. « C’était un vrai travail de fond… On n’est pas sur le cas d’un petit entraîneur qui encadre une équipe de poussins le dimanche après-midi » a-t-elle insisté auprès des conseillers.

Pour établir l’existence d’un « travail dissimulé », l’avocate a fait remarquer que le montant des « frais kilométriques » remboursés à son client était le même tous les mois, « même quand il y avait la trêve hivernale, des vacances ou des matchs reportés ». Elle a en donc déduit que « c’était une rémunération déguisée ». L’avocate a donc demandé à la justice de requalifier le « contrat » de son client en CDI à temps partiel, dans la mesure où il travaillait en parallèle à l’époque pour la Ligue atlantique de football.

« Un mauvais bœuf bourguignon ! »

La « rupture brutale et vexatoire » de son « CDD de trois ans » a en effet eu des « conséquences excessivement lourdes » sur Jonathan Raoul, qui a « travaillé un an sans cotiser » et « n’a pas pu être pris en charge par Pôle Emploi » à l’issue de sa collaboration. « Il s’est retrouvé le bec dans l’eau au mois de mai, et n’a pas entraîné d’équipe la saison suivante. »

« On dirait un mauvais bœuf bourguignon : tout est mélangé, on n’arrive même pas à distinguer la viande des légumes » a répliqué Maître Jean-François Klatovsky, l’avocat du FC Nantes. Selon lui, Jonathan Raoul faisait partie de « l’agglomérat de bénévoles » que constitue l’Association FC Nantes, association qui ne fait « que rétrocéder son numéro d’affiliation » à l’entité professionnelle du FCN.

« Tous les mercredis, sur tous les terrains de foot de France, vous avez des bénévoles qui sont là de 14h à 17h, qui respectent des programmes déterminés et qui reçoivent quelques directives de leurs présidents, a-t-il insisté. Pour autant, cela n’établit pas un lien de subordination juridique. Ma consœur confond organisation et subordination. »

L’avocat du FC Nantes a ajouté que « sans bénévolat, il n’y a pas d’amateurs et il n’y a donc pas de sport professionnel : tous les sportifs professionnels ont un jour été amateurs. Aujourd’hui, M. Raoul vient demander des sommes faramineuses, comme s’il avait travaillé, sur la base d’un contrat inexistant… Concernant le prétendu travail dissimulé, on est dans le domaine de l’absurde absolu. » Les Prud’hommes rendront leur jugement dans trois mois.

Avec Guillaume Frouin / Presspaper.fr

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