Illustration FFF
Le siège de la FFF, boulevard de Grenelle. (Photo Philippe Le Brech)

La synthèse de l’audit sur la FFF accable la gouvernance, l’absence de lutte contre les violences sexistes et sexuelles et les dérives du comportement de Noël Le Graët.

« Compte tenu de ses déclarations publiques, compte tenu des rapports de gouvernance, compte tenu des comportements inappropriés à l’égard des femmes, Noël Le Graët n’a plus aujourd’hui la légitimité pour administrer, piloter la fédération. » Ce mercredi soir, Amélie Oudéa-Castéra a tenu à réagir à la publication du rapport d’audit sur la FFF. Et la ministre des Sports a été très claire en demandant la démission du président de l’instance fédérale.

Mais alors que dit exactement ce rapport ? Dans la synthèse, les enquêteurs fustigent « une gouvernance fédérale défaillante ». La mission d’audit précise que « la FFF doit faire évoluer une gouvernance au pouvoir très concentré, sans réel débat, ne favorisant pas l’expression politique des oppositions au sein de ses organes ». En effet, selon la mission, « le fonctionnement du comité exécutif illustre une faiblesse d’exercice démocratique : il est avant tout identifié comme un lieu de constats et de consensus ».

Il est aussi question de l’organisation administrative, « peu hiérarchisée, avec un organigramme complexe (14 directions) (…) le schéma d’organisation atomise d’autant plus le traitement des sujets que les rôles respectifs des élus du COMEX et des directeurs membres du comité de direction (CODIR) sont confus ». La mission s’étonne aussi « de la disparition de la direction de la féminisation et du football féminin depuis la mise en oeuvre du plan de sauvegarde de l’emploi au profit d’une délégation de mission confiée à un membre du COMEX ».

Les « méthodes brutales » de la directrice générale

La mission d’audit fait état « d’une succession de crises dont la plus importante s’est cristallisée au moment de la coupe du monde 2018 et dans la période qui a suivi, avec une multiplication de dysfonctionnements internes, des circuits de décision contournés, des échanges violents entre les membres du comité de direction (CODIR), une montée de la contestation par certains de l’autorité de la directrice générale qui réagit par un management très autoritaire et un président qui laisse la situation se dégrader ».

Comme nous l’avons dénoncé à maintes reprises, Noël Le Graët et Florence Hardoin avaient une relation particulière. Le président laissait en effet sa directrice générale imposer un climat délétère dans les couloirs du 87 boulevard de Grenelle. « La mise en œuvre du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), qui conduit à 24 licenciements pour motif économique, 22 suppressions de poste et 4 modifications de contrat de travail, a été avant tout l’affaire de la directrice générale puisque les négociations ont été conduites avant l’information du COMEX. La mission considère que cette absence d’information, conjuguée au peu d’implication du président, montre une autonomie décisionnelle de la directrice générale qui a dérivé vers un isolement inquiétant pour l’institution. »

Florence Hardouin rejette la faute sur Noël Le Graët

Dans ses réponses à la mission d’audit, « la directrice générale estime avoir souffert du comportement inapproprié de M. Le Graët, dont elle dit avoir craint les représailles en cas d’opposition directe ». Florence Hardouin précise également que « leur proximité opérationnelle initiale s’est ainsi transformée en relation toxique ». Une manière de se dédouaner de ses actes envers de nombreux salariés de la FFF en rejetant la faute sur Noël Le Graët.

En revanche, son poste à l’UEFA interroge les enquêteurs. « Élue au comité exécutif de l’Union des associations européennes de football (UEFA), la directrice générale participe à l’exercice d’une forme d’autorité sur son employeur, la FFF, compte tenu des prérogatives dévolues à cette organisation vis-à-vis des fédérations nationales européennes de football. Cette fonction est, selon la mission, incompatible avec celle de directrice générale. »

La conclusion sur Florence Hardouin est très claire. « La mission considère qu’elle n’est plus en capacité d’assurer les missions qui sont les siennes au sein de la fédération en raison notamment de sa difficulté à installer un management à bonne distance des élus d’une part et de ses collaborateurs d’autre part. »

« La consommation excessive d’alcool » de Noël Le Graët

Comme c’était prévu, le président de la FFF n’est pas épargné. « Les auditions conduites par la mission ont mis en lumière le comportement inapproprié de M. Le Graët vis-à-vis des femmes. La mission relève non seulement des propos et des SMS émanant bien de M. Le Graët, ambigus pour certains et à caractère clairement sexuel pour d’autres, mais pointe également l’horaire tardif des envois, leur caractère répétitif et la nature des destinataires – des femmes placées sous son autorité et/ou dans une relation de dépendance –, et ce, même après le déclenchement de ses travaux. »

La mission met en avant « la consommation excessive d’alcool » du président de la FFF. Elle estime ainsi qu’il « ne dispose plus de la légitimité nécessaire pour administrer et représenter le football français (…) que les dérives de comportement de M. Le Graët sont maintenant préjudiciables à l’image de la FFF et invite les instances fédérales à examiner cette situation en application des dispositions statutaires ».

Les violentes sexistes et sexuelles dans le viseur de l’audit

Dans son rapport, la mission d’audit pointe « une politique de lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) dans le réseau fédéral ni efficace ni efficiente tant au niveau national que dans le réseau fédéral ». Elle constate « qu’en dehors du directeur technique national, du directeur du centre de Clairefontaine, du directeur des ressources humaines et du directeur du football amateur, les cadres fédéraux rencontrés n’ont pas à ce stade démontré un réel investissement sur ce sujet ».

Selon la mission d’audit, le nombre d’incapacités constatées dans le cadre du contrôle automatisé de l’honorabilité des bénévoles et des éducateurs « reste faible au regard des volumes d’encadrants et de structures ». Le rapport met également en évidence « la nécessité de mieux assurer l’application de l’article 85 de ses règlements généraux qui prévoient les cas de retrait de la licence, pour les faits potentiels de violences sexistes et sexuelles, y compris à titre conservatoire et sans attendre la sanction judiciaire ou administrative susceptible d’être prononcée ».

Ce qui aurait dû être le cas notamment dans le dossier Vincent Cesbron puisque la Ligue Auvergne Rhône-Alpes avait délivré une licence dirigeant à une personne condamnée pour des violences sexuelles. « A la suite d’un rendez-vous avec le service départemental à la Jeunesse et aux Sports de Haute-Savoie pour savoir si le club pouvait confier des missions autres à M. Vincent C., le club concerné a fait une demande de licence dirigeant » nous avait répondu l’instance régionale à ce propos. Le ministère des Sports devrait donc aussi faire le ménage dans ses services.