JK Foot Projecteur vient filmer vos matchs.
Jean-Christophe Cesto (JK Foot Projecteur) vient filmer vos matchs. (Photo DR)

Dans le football amateur, de plus en plus d’entraîneurs ont recours à la vidéo pour analyser et préparer leurs matches. Ce qui a aussi permis d’ouvrir des marchés pour certaines start-up.

Le phénomène est loin d’être nouveau. À la TA Rennes (National 3), cela fait plus d’une dizaine d’années que la vidéo est utilisée pour disséquer les matches aussi bien domicile qu’à l’extérieur. Une technologie très utile pour aider le coach à corriger les erreurs de son équipe et pour superviser le jeu de ses adversaires. Il faut néanmoins trouver des bénévoles confirmés pour mettre en boîte les rencontres. Dans le club rennais, c’est Alain Poligné le préposé à la vidéo.

« Au départ, je n’y connaissais rien à l’informatique ni à la vidéo, avoue le dynamique retraité de 72 ans, au club depuis 1960, devenu le cameraman attitré un peu par hasard. Je m’y suis mis un peu par la force des choses car une de mes filles était partie vivre à La Réunion. Pour communiquer, c’était plus simple. Je me suis alors inscrit dans un club pour suivre des cours. On avait comme professeur un ancien monteur de France 3 et un ancien cameraman du Tour de France. J’ai donc vu avec Jacques Aubry, le président, pour investir dans une caméra, un ordinateur et un logiciel… Cela fait maintenant une dizaine d’années que je m’occupe de filmer les matches. Je pense avoir été le premier à filmer en Bretagne. À la fin du match, je mets ça sur une clé USB. »

Les sites spécialisés aident les clubs !

En Isère, les co-entraîneurs de l’AC Seyssinet (Région 2) ont mis en place la vidéo depuis leur arrivée en poste il y a un an et demi. « On en fait surtout sur de l’analyse de matchs, explique Mathieu Cianci. Le premier intérêt pour nous, c’est que les joueurs puissent voir concrètement les choses. On essaie de faire passer des messages mais l’image permet d’être plus précis sur ce qu’on pointe du doigt. Le deuxième c’est, quand on a l’occasion d’avoir des vidéos sur nos adversaires, de mettre des choses en place pour les gêner en fonction de ce qu’on peut voir sur leurs matchs. » Sans matériel spécifique propre au club, les techniciens isérois utilisent les vidéos récupérées de prestataires extérieurs comme les médias et notamment le site Métro-sports.

Les Pure-player se mettent d’ailleurs de plus en plus à la vidéo et peuvent en faire profiter les clubs. C’est le cas du site Haute-Loire Football qui propose ce samedi soir le match de National 2 entre Le Puy Foot 43 et l’ASM Belfort en direct. « Cela fait un moment que j’y pensais, explique Wilfried Furnon, le responsable du site. Je n’avais pas les compétences et les moyens, j’ai donc contacté le Greta du Velay qui a aussitôt accepté. » Des élèves vont donc filmer le match, ce qui constituera d’ailleurs un examen noté par des professeurs. Puis le club ponot pourra utiliser ces images avec la volonté de recourir plus fréquemment à la vidéo.

Les conseils de Christian Gourcuff…

Car les techniciens sont réellement demandeurs. A la TA Rennes, les données sont utilisées par le staff pour analyser la rencontre qui tourne autour de soixante-dix, soixante-quinze minutes de temps de jeu effectif. « Sur les longs déplacements comme à Brest par exemple, je le match regarde dans le bus en rentrant, explique Jacques Le Normand l’entraîneur rennais. Je fais une première lecture rapide et je vois directement ce qui a fonctionné ou pas. Je prends des notes. »

Puis souvent, il réalise une deuxième expertise à tête reposée. « C’est important d’avoir ce recul. À froid, je reprends les images que je veux montrer aux joueurs lors de la séance de débriefing que j’organise le lundi soir. J’en avais parlé avec Christian Gourcuff et il ne faut pas faire plus de vingt minutes. Nous travaillons l’aspect défensif et offensif mais aussi l’aspect collectif et individuel. Et cela peut arriver qu’il y ait des coups de gueule ! »

A Seyssinet, un exploit parfaitement préparé grâce à la vidéo !

Si la TA Rennes a vulgarisé l’emploi de la vidéo, Seyssinet s’en sert encore avec parcimonie mais il apporte des bienfaits. Cette saison, le pensionnaire de Régional 2 a d’ailleurs réalisé un exploit en coupe de France face à Thiers (National 3). « On a récupéré les images de leur match contre Bourgoin-Jallieu et là on était en mesure de dire : voilà un club de National 3 a posé tel problème à Thiers, on savait que sur un match on pouvait se mettre à ce niveau-là » souligne Mathieu Cianci. Résultat, une victoire 3 buts à 1 sans la moindre contestation possible. « On a vu l’impact de la vidéo sur ce match, poursuit l’entraîneur isérois. on a mis en place dans le jeu ce qu’on avait travaillé en amont et c’est ce qui nous a permis de remporter cette rencontre donc on a vu concrètement l’impact que ça pouvait avoir. »

De nombreuses start-up se sont d’ailleurs engouffrées sur ce créneau de la vidéo à l’image de JK Foot Projecteur sur Nantes. La jeune société crée par les anciens Nantais Jean-Christophe Cesto et Kévin Berdier propose de nombreuses solutions aux clubs et aux joueurs. A Lyon, Apoll.one va plus loin en développant une caméra autonome qui va filmer le match seule. « L’objectif est de rendre accessible l’analyse vidéo techniquement et financièrement, explique Florent Vernet, co-fondateur du projet. Nous pensons que l’avancement technologique peut permettre aujourd’hui d’offrir des solutions accessibles au plus grand nombre. » Si de nombreux clubs utilisent aujourd’hui la vidéo, son développement devrait encore s’accentuer dans les années à venir.

Dossier réalisé par Fred Annin, Paul Bohec et Jérôme Bouchacourt

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