Jean-Marc Ettori
Jean-Marc Ettori a pris du recul à la tête du Tours FC mais il compte participer à la SCIC du club. (Photo Philippe Le Brech)

Après le SC Bastia, Tours FC va prochainement se transformer en Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). Avantages et inconvénients.

Le 30 mars, Tours FC a officiellement lancé sa campagne de participation au capital de sa Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC). « Après avoir constaté ses difficultés actuelles, tant en interne qu’avec son environnement, le Tours FC a pour ambition de se reconstruire en proposant un nouveau modèle, reposant sur une réorganisation capitalistique innovante, adossée à une performance durable sur les plans économique, sportif et social » indique le club d’Indre-et-Loire sur son site internet.

Cette annonce arrive un peu plus d’un an après la transformation du Sporting Club de Bastia en SCIC avec un capital de 1 182 500 euros. On s’est donc posé la question de savoir quels étaient les avantages et les inconvénients de transformer un club en une coopérative par rapport à une Société Anonyme Sportive Professionnelle (SASP) qui reste la norme pour les clubs professionnels ou encore les clubs amateurs de haut-niveau (National, National 2).

« Tout dépend de la situation et du projet, souligne Pierre Rondeau, économiste du sport. Une SASP a un statut juridique unique en France avec l’idée, un peu comme la ligue vis-à-vis de la fédé, qu’une entité commerciale reçoit un mandat de la part de l’association et que les deux soient séparées. La société anonyme s’occupe de l’économique et l’association, en théorie, du sportif (même si). En cas de défaillance de la société, c’est tout l’édifice qui peut s’écrouler parce que l’association reste dépendante des actions professionnelles de la société. »

Avec la SCIC, une personne égale une voix

Cela permet tout de même aux clubs en société qui déposent le bilan de pouvoir repartir au niveau de leur équipe réserve qui est géré par l’association, comme ce fut le cas pour Strasbourg, Grenoble, Bastia et bien d’autres. « L’avantage, à l’inverse, est de placer une association (puisque le sport français reste profondément marqué par l’idée de l’amateurisme) dans une dynamique économique et professionnelle via la société, poursuit notre spécialiste. A l’inverse, une SCIC intègre directement la coopérative dans la recherche d’un développement économique d’abord et avant tout pour le bien être du local et de ses membres, pas pour le profit des actionnaires. »

Dans le cadre d’une SCIC, il n’existe donc plus de frontière entre la société et l’association. « C’est directement l’association, donc dans le cas des clubs amateurs une facilité, qui juridiquement acquière les outils de gestion professionnelle, et qui offre le droit à tous, y compris aux supporters, de devenir partenaires et membres de la coopérative, explique Pierre Rondeau. Ça va plus loin qu’une SCOP (société coopérative de production) qui n’intègre que les salariés de l’association ou de l’entreprise à but altruiste. Ici, avec la SCIC, même les gens de l’extérieur peuvent intégrer l’actionnariat. »

Ce fut le cas du SC Bastia où se mêlent anciens joueurs, supporters, dirigeants, partenaires et collectivités dans le l’actionnariat. Tours FC a d’ailleurs assuré avoir déjà récolté 343 000 euros en trois semaines dont huit anciens joueurs, comme l’indique La Nouvelle république. « En revanche, la contrainte sera de bloquer la potentielle arrivée d’investisseurs qui ne seraient pas chauds de soutenir le club sans avoir autant de pouvoir qu’ils pèsent d’argent, prévient Pierre Rondeau. Dans la SCIC, ce n’est plus un euro égale une voix, c’est une personne égale une voix. Tu n’auras donc jamais un Qatari à Bastia ou à Tours, quel intérêt de mettre des millions si tu n’acquières pas plus de voix. »

La SCIC reste donc réservée à des clubs avec un fort potentiel d’actionnariat populaire mais qui n’ont pas le besoin d’attirer de gros investisseurs pour son développement futur. Voici un petit résumé réalisé par notre économiste du sport.

Société Anonyme Sportive Professionnelle (SASP)

  • Avantages : l’association est liée à une entité commerciale (tous les clubs français ont une origine associative, on ne crée pas des entreprises de football). Ce statut peut attirer d’éventuels investisseurs
  • Inconvénients : en cas de défaillance, l’association est aussi touchée. La gouvernance n’est pas partagée démocratiquement mais financièrement.

Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC)

  • Avantages : l’association acquiert un statut juridique économique mais à but altruiste. La gouvernance est partagée démocratiquement et autorise l’entrée de personnes de l’extérieur, y compris les supporters.
  • Inconvénients : ce statut démocratique n’intéresse pas d’éventuels investisseurs et contraint, à terme, le développement du club.
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