Comme ici au Beignon Basset (Vendée), les boissons doivent être servi dans des gobelets ou bouteilles en plastique.
(Photo ABB Foot)

Cette semaine, Footamateur.fr fête ses cinq ans ! A cette occasion, on revient sur les articles les plus marquants. En novembre 2015, Vincent, joueur du Beignon Basset (Vendée), nous avait raconté son quotidien de joueur de District… du vrai foot amateur en quelques sortes !


Mercredi, 19h. Je me gare sur le parking du Stade. De loin, à travers l’épais brouillard d’une froide soirée d’hiver éclairée par les projecteurs, j’aperçois le coach qui finalise ses activités sur le terrain stabilisé. Il a plu toute la journée. On se dit que le terrain va encore être impraticable et qu’on aurait peut-être été mieux chez soi, près du feu.

Mais même à plus de 30 ans, j’ai encore cette envie qui m’anime, l’envie de retrouver les copains, l’envie de m’entretenir physiquement, l’envie de se faire plaisir et la nécessité de respecter le coach et les potes par ma seule présence. Avant d’arriver aux vestiaires, passage obligé par le club house où je serre quelques mains bien familières.

Je dépose ensuite mes feuilles de pronostics pour le prochain tour de championnat. Ces pronostics font fureur cette année. Que ce soit pour l’équipe A ou B, tout le monde se prend au jeu. Un regard sur le panneau géant floqué de vert et blanc où le classement des deux équipes s’affiche en grand. Je le connais déjà mais ça me donne une motivation supplémentaire. Puis je me dirige vers les vestiaires, mon lourd sac à la main.

Deux alternatives se présentent : vestiaire de gauche ou vestiaire de droite. Le choix s’est fait naturellement en début d’année, les jeunes à droite, les anciens à gauche. C’est là que j’ai vu que j’avais basculé vers le côté obscur… je prends donc à gauche. Quelques-uns sont déjà en train de se changer.

« Il est temps de retirer le sable des oreilles et des narines ! »

Dans cette communauté black, blanc, beur, ça parle du dernier match, ça chambre à tout va, ça rigole, ça se passe de la crème à base de camphre. Bref, on ne se prend vraiment pas la tête. Avant de rentrer sur le terrain, c’est l’éternel dilemme : chaussures crampons moulés ? Chaussures pour stabilisé ? Baskets ? Je choisis les chaussures pour stabilisé…

19h30, début de l’entraînement. Le coach nous fait un bref débriefing des derniers matchs puis il distribue les chasubles. Nous n’utiliserons ce soir qu’un seul côté du terrain car les deux projecteurs d’un pylône sont encore hors service. Comme par hasard, nous utiliserons le côté du terrain plus argileux que sableux. L’ambiance est bon enfant entre les jeunes qui parlent de leur week-end et n’arrivent pas à se concentrer et les plus anciens qui se demandent si leur corps ne va pas les lâcher ce soir.

L’entraînement s’est bien passé, personne n’est blessé. Il est temps de se doucher, de retirer le sable des oreilles et des narines après avoir attendu avec impatience l’arrivée de l’eau chaude. Pendant ce temps, les plus téméraires et sûrement ceux de raisons, s’étirent et pratiquent quelques activités de gainage. Il parait que l’on ne gagne pas les matchs en se tournant les pouces… ce n’est pas faux !

21h15, pour quelques euros, nous buvons une bière, ou deux, ou trois pour les locaux. Etrangement, beaucoup « tournent » à l’Oasis, breuvage découvert depuis peu par les jeunes. La boisson s’accompagne d’un casse-croûte et nous discutons, parlons du passé pour les anciens, du futur pour les plus jeunes qui adorent écouter les histoires croustillantes du Président. Tout le monde se salue et ce sera un bis repetita pour le vendredi soir prochain.

« Je sais que je vais tout donner pour mes coéquipiers »

Le vendredi soir à cette particularité, cette saveur, de se dire que tout est possible pour le prochain week-end. Jouerai-je dans l’équipe A, l’équipe B, titulaire, remplaçant, dirigeant, arbitre de touche, ou au bar ? Au final, tout est possible au Beignon-Basset football. Les coachs de la A et de la B, murés dans la chambre des secrets, se muent en recruteurs avec leurs téléphones rivés aux oreilles.

« Viendra, viendra pas ? C’est quoi son numéro déjà ? Il n’est pas blessé ? Ah bon il ne veut pas jouer ? Il fait la gueule ? » Car c’est aussi ça d’être coach. C’est 50% de technique et 50% de social. Après quelques minutes interminables, le papyrus s’étale aux yeux de tous révélant les promotions… et les déceptions.

Ce week-end, je jouerai avec l’équipe B. Peu importe, car je sais que je vais tout donner pour mes coéquipiers. L’essence même du football et du sport collectif en général est la dévotion, le dépassement de soi au profit du collectif afin d’arriver au même but, le plaisir de la victoire. Alors vivement dimanche prochain.

Jérome Bouchacourt