Noël Le Graët - Florence Hardouin
Noël Le Graët et Florence Hardouin lors de l'assemblée fédérale du 18 juin à Nice. (Photo Philippe Le Brech)

Au fil des années, Noël Le Graët a fait confiance à Florence Hardouin. Mais à son détriment puisque sa directrice générale a réussi à isoler son président.

L’an dernier, nous avions titré Florence Hardouin une épine dans le pied de Noël Le Graët lors du premier volet de notre dossier sur la Fédération Française de Football. Un titre prémonitoire tant la directrice générale de l’instance fédérale a tout fait pour isoler son patron. Les prémices de cet isolement datent de la leucémie lymphoïde du président de la FFF, souvent absent du 87 boulevard de Grenelle au printemps 2018 à cause de sa chimiothérapie.

« Ça a commencé à se sentir lors de la coupe du Monde en Russie, on sentait qu’elle isolait complètement Noël, témoigne un ancien salarié de la FFF. C’est aussi là que Florence a commencé à inventer des histoires sordides pour dénigrer certains collaborateurs et créer une ambiance de guerre interne. » Ce qu’elle a continué de faire par la suite, selon plusieurs témoignages de salariés et ex-salariés de la FFF, « afin de dénigrer ceux qu’elle n’appréciait pas ».

Après le titre de champion du Monde, Florence Hardouin « a perdu la tête »

La Russie a donc été un tournant. « Elle a toujours été autoritaire et parfois méprisante mais elle était capable de déléguer et de faire confiance, nous assurait un ancien salarié de la FFF l’an dernier. Les succès de l’équipe de France et l’affaiblissement progressif de Noël le Graët lui ont peu à peu fait perdre la tête. »

A la rentrée 2019, quatorze directeurs, sur les dix-sept que compte l’instance fédérale, avaient adressé un courrier à Noël Le Graët afin de dénoncer « une ambiance délétère ». Quelques mois plus tard, le président de la FFF commandait un audit au cabinet de conseil Plein Sens. Avec sa directrice générale, il est le seul à en avoir pris connaissance. Le fait que cet audit ne soit pas rendu public a renforcé son pouvoir. Et il a amené plusieurs directeurs à partir sous d’autres cieux. Dont certains proches de Noël le Graët.

Comme l’avait révélé L’Equipe en octobre 2021, des SMS attribués à Florence Hardouin étaient produits dans le mémoire : « Je te promets je vais tous et toutes les massacrer avec beaucoup de bienveillance (… Faut tuer le cerveau. Pac (en parlant de Pierre-Arnaud Custody, ancien Directeur administratif et des ressources humaines de la FFF) », qui est parti de la FFF en mars 2021. Ce qui nous aussi été confirmé en interne.

Florence Hardouin et Philippe Diallo lors de L’assemblée fédérale à Nice. (Photo Jérôme Bouchacourt)

Des informations compromettantes dans l’audit ?

« Si le président a étouffé ce rapport, c’est qu’il y a forcément des informations compromettantes sur la manière de fonctionner de la directrice générale, concède un salarié de la FFF. En revanche, on a perdu en compétences depuis deux ans et demi. Il y a de gros soucis à pas mal de niveaux. Mais Florence Hardouin ne s’en occupe pas et n’en parle pas à Noël Le Graët. » Qui ferme aussi les yeux de son côté.

Plusieurs cadres de la FFF reprochent à Florence Hardouin « d’avoir un réseau de journalistes avec lequel elle parle de beaucoup de choses sans passer par le service communication de la Fédé ». Certains de nos confrères (Le Monde, RTL) ont d’ailleurs indiqué que Florence Hardouin serait en possession des SMS salaces que Noël Le Graët aurait envoyé à des salariées de la FFF. Ce que nous ne pouvons confirmer. Mais cela peut tout de même poser des questions sur la fuite de ces messages.

« Noël Le Graët a eu l’occasion de virer Florence Hardouin plusieurs fois »

Selon nos informations, ce serait la directrice générale qui a demandé au Comex qu’une plainte soit déposée contre So Foot à la suite du dossier “Ma fédé va craquer” paru dans le numéro de septembre. Noël Le Graët ne souhaitait pas le faire. Ce qui montre que leur relation est très ambiguë. « Il y a de la perversion des deux côtés, avec des non-dits et finalement des personnes qui trinquent, confie un salarié de la FFF. Ils se moquent tous les deux des dommages collatéraux que cela peut causer. »

Pourtant, malgré toutes ces manœuvres, Noël Le Graët continue de soutenir sa DG comme ce fut le cas pour le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Le 13 juillet 2021, ce PSE était présenté aux membres du Comité exécutif avant d’être envoyé dans la journée à la direction du travail. Plusieurs d’entre-eux nous avaient confirmé qu’ils n’avaient jamais été informés avant cette date. Le tribunal administratif de Paris avait annulé ce PSE indiquant que « la directrice générale de la FFF ne pouvait pas signer l’accord majoritaire, étant dépourvue de qualité pour représenter l’employeur ».

Philippe Diallo, la caution pour garder son poste

Mais le 27 janvier 2022, le Comex a voté « la ratification de l’accord collectif conclu le 13 juillet 2021 contenant PSE signé par la Directrice Générale de la FFF », ce qui a amené la cour d’appel à infirmer la première décision. « En Fait, Florence a choisi des gens au hasard dans certains services tout en prenant soin de virer les cibles qu’elle avait choisies » précise un salarié de la FFF.

Noël Le Graët a donc encore sauvé le soldat Hardouin alors qu’il avait une occasion en or de la licencier. « La question à se poser maintenant, c’est de savoir si Noël veut continuer à la protéger » assure un ancien cadre de la FFF. Car même si le Comex décide d’écarter “la Grande”, le président de la FFF restera toujours le décideur final.

En attendant, Florence Hardouin oeuvre en coulisses pour que Philippe Diallo prenne la succession de Noël Le Graët. « Elle sait que c’est la seule option pour qu’elle puisse garder son poste de directrice générale » nous indique-t-on en interne. Et plus tôt serait peut-être le mieux…

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