« Calais, l’épopée du siècle », un livre sur l’aventure de la bande à Lozano

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Epopée Calais 1
Photo archives Philippe Le Brech

Pour son 20ème anniversaire, ce qui reste à ce jour une des plus belles épopées de l’histoire de la coupe de France méritait bien un ouvrage qui lui soit consacrée.
Bastien Ducrocq et Frédéric Sourice se sont attelés à la tâche pour offrir un livre regorgeant d’anecdotes inédites, confiées par les acteurs de l’époque, des joueurs aux supporters. Nous avons pu échanger avec Frédéric Sourice sur l’exploit du CRUFC et sur ce bel hommage que lui ont rendu les auteurs deux décennies plus tard.

Bonjour Frédéric, pouvez-vous nous expliquer la genèse de ce « Calais, l’épopée du siècle » ?

Je vous livre la version un peu longue mais comme ça vous aurez tous les détails (rires) ! On a écrit ça avec un confrère, Bastien (Ducrocq) qui bosse en radio (Frédéric est lui journaliste à la Voix du Nord, ndlr) et qui est Calaisien. Cela faisait quelques années qu’il y songeait mais il hésitait. Pour ma part, je travaille sur toute la Côte d’Opale donc j’ai pu croiser au fil des années pas mal d’anciens joueurs. Et il se trouve que Fabrice Baron, défenseur qui avait été titulaire en finale de la coupe de France face à Nantes, m’a appelé un jour pour me dire que son fils cherchait un stage en 3ème et savoir si c’était possible à la Voix du Nord.
De fil en aiguille, comme cela faisait un moment qu’on n’avait pas fait d’interview avec lui en plus, on a commencé à évoquer quelques-uns de ses souvenirs. Il m’a raconté des choses qu’il n’avait encore jamais dites et en rigolant m’a dit que « cela mériterait un livre ». Cela a lancé la machine. Un autre joueur m’a livré une anecdote forte peu après. Avec Bastien on s’est alors contacté en se disant « on fonce ! ».

Vous parlez de choses « jamais dites ». La spécificité de votre ouvrage est justement de s’appuyer sur de nombreuses anecdotes inédites…

On a essayé d’être original et on a eu la chance que les mecs nous aient fait confiance. Après tout après 20 ans c’était le bon moment de tout raconter (rires). Les mecs se sont bien prêtés au jeu, nous ont raconté les coulisses. On ne se rendait pas compte à quel point c’était une aventure vraiment incroyable. C’était vraiment des « amateurs », au sens noble du terme. Ils s’entraînaient 3 fois par semaine maximum, il y avait des mecs qui devaient se lever à 2h30 du mat pour aller travailler. Les exploits suivants des Herbiers ou de Queuvilly étaient aussi extraordinaires mais on entrait là déjà dans un cadre un peu plus professionnel. Ce qui n’était vraiment pas le cas avec Calais.

Pour nos lecteurs plus jeunes qui n’auraient pas vécu le parcours à l’époque, pouvez-vous nous le retracer en quelques lignes ?

Bien sûr ! En trente-deuxième de finale Calais bat le Lille d’Halilhodžić, qui survole la Ligue 2 cette saison là et qui compte des joueurs comme Cygan, Boutoille, Cheyroux… Une qualification aux tirs au but. Pour rappel le CRUFC était alors en CFA, le quatrième échelon national. En seizièmes de finale, tirage clément puisqu’ils reçoivent Langon-Castet FC, équipe de CFA2. Victoire 3-0 sans frayeurs.
Huitième de finale, une nouvelle Ligue 2 : l’AS Cannes. Des visiteurs qui marquent à la 116ème minute en prolongation mais Calais parvient à égaliser et à s’imposer aux tirs au but. On commence à se dire que cette équipe-là à quelque chose de spécial.
En quart-de-finale, première D1 avec Strasbourg qui ouvre le score mais Calais renverse les Alsasiens pour s’imposer 2-1. C’est déjà la troisième fois qu’ils sont menés dans la compétition par un adversaire hiérarchiquement supérieur.
Demi-finale : Bordeaux. Champion de France en titre avec Dugarry, Micoud, Martins. Après une prolongation de folie, Calais s’impose 3-1. Avec une ferveur populaire incroyable : plus de 500 bus ont fait la route entre Calais et Lens où se jouait le match. Et puis il y a cette finale perdue 2-1 face à Nantes avec ce pénalty à la 90ème…

Photo archives Philippe Le Brech

« Il y a toute l’aventure humaine »

Merci pour ce rappel ! Dans votre ouvrage vous abordez d’ailleurs assez peu ces matchs en eux-mêmes.

Tout le monde les a déjà raconté. On a préféré faire des portraits des joueurs de clé, on a fait des « cartes blanches » avec des acteurs de l’époque, comme l’arbitre de la finale monsieur Colombo. On fait aussi intervenir les femmes des joueurs car des couples se sont faits et défaits… Il y a l’aventure sportive et il y a toute l’aventure humaine derrière celle là.

Une aventure qui, 20 ans après, fait toujours parler dans la région ?

Le club a lui disparu en 2017. Mais il y a une nostalgie énorme, cela a vraiment généré un truc de fou. Sur les 11 titulaires de la finale il y avait 5 joueurs originaires de Calais même et 10 des Hauts de France. L’identification à l’équipe était facile.
Mathieu Millien est aujourd’hui directeur d’école, il nous a dit qu’il n’y avait pas une semaine où on ne lui parlait pas de ça, notamment les parents des élèves mais aussi sur les terrains puisqu’il joue encore. Et ça n’a pas laissé qu’une emprunte de la région.

C’est à dire ?

Il faut savoir que c’est encore à ce jour la finale de la Coupe de France la plus vue de l’histoire avec 13,5 millions devant leur écran. Alors que sur le papier Nantes contre Calais ce n’est pas le plus flamboyant des matchs. Mais cela s’inscrit parfaitement dans la culture France du petit poucet qu’on supporte face à l’ogre.
Les joueurs ont largement dépassé les frontières de leur région. Christophe Hogard jouait en DH quelques mois avant et il marque contre Cannes et Strasbourg, puis fait Fort Boyard en fin de saison. Un joueur a participé à Tout le Monde en Parle l’émission de Thierry Ardisson. C’était des inconnus qui ont eu un peu plus que leur quart d’heure de célébrité.

Est-ce que vous pensez que l’on pourra assister à des épopées du genre avec d’autres équipes amateurs à l’avenir ?

C’est du football donc je suis persuadé que cela sera possible. Même si avec Calais on se rend compte au final que tout n’a souvent tenu qu’à un fil. Il faut que les planètes s’alignent. Avec une équipe comme le PSG qui gagne tout c’est plus compliqué également. Mais à l’époque Calais a bien battu Bordeaux, Top 16 européen, donc il faut toujours y croire. D’ailleurs ce qui m’a toujours le plus frappé avec Ladislas Lozano c’est déjà qu’il ne vivait vraiment que pour ça et ensuite qu’à aucun moment il n’a eu peur de perdre et c’est ce qu’il a transmis à ses joueurs….


Merci à Frédéric Sourice pour sa disponibilité. « Calais, l’épopée du siècle » est commandable sur internet :