Le Baiona FC représente tout ce qu'il y a de meilleur dans le football amateur. (Photo DR)

C’est une tranche de vie comme tant d’autres mais dont on parle si peu. En 2015, Xavier Bécamel et ses amis se sont lancés dans une aventure un peu folle en décidant de créer leur propre club de foot. Plus de deux ans après, le projet a bien grandi autour d’une identité forte et de valeurs essentielles qui font du bien au foot amateur. Coup de projecteur sur le Baiona FC.

L’histoire commence en 2015 à partir d’un match… de rugby. Supporters de l’Aviron Bayonnais, Xavier et plusieurs de ses amis se rendent à Clermont-Ferrand pour suivre une rencontre de top 14 un samedi après-midi. Le lendemain, ils se retrouvent sur une main courante, au bord d’un terrain de football, pour encourager un de leur proche, joueur en district. « Devant ce match, on s’est tous regardé et on s’est dit qu’on voulait reprendre le foot » raconte Xavier Bécamel. De retour à Bayonne, ils se rendent compte que les clubs déjà existants ne leur correspondent pas : « c’était compliqué d’arriver dans une équipe à six ou sept potes ». Alors ils décident de créer leur propre club de foot, le Baiona FC.

« On a eu la chance d’être inconscients »

Sans se rendre compte de l’investissement que pouvait représenter un tel engagement, Xavier Bécamel et ses amis prennent à bras le corps ce projet dont ils sont à l’origine. « On a eu la chance d’être inconscients. On ne s’est pas trop posé de questions en terme de travail, de budget… parce que maintenant on se rend compte que c’est beaucoup d’heures de bénévolat. Mais ce côté un peu inconscient nous a permis de le faire parce que si on avait su tout ce que ça demanderait, peut-être qu’on ne l’aurait pas fait ».

La première déclaration de création de l’association sportive auprès de la mairie de Bayonne remonte à 2015. Le groupe d’amis fait une demande pour obtenir un terrain. Sans succès. Malgré plusieurs courriers, leur demande reste lettre morte sans que le groupe d’amis ne comprenne pourquoi. « Ce qu’il s’est passé, c’est que notre ‘coach’ a pris son scooter, et tous les jours il faisait le tour des terrains d’entraînement de la ville pour connaître leurs disponibilités et prouver à la ville qu’il y avait bien de la place pour nous » explique le président du club.

Le club s’organise petit à petit mais ne dispute aucun match officiel la première saison. L’équipe se forme autour de ce groupe d’amis, rejoint par d’autres, et joue des matchs sauvages sur des terrains où elle n’a pas forcément le droit de le faire. « On s’entraînait à Balichon, sur un terrain plein de trous, au pied d’une barre d’immeuble » se rappelle Xavier Bécamel. « Une fois, alors qu’on jouait un match amical, il y a un gars qui s’est arrêté nous regarder et puis finalement il a pris un chasuble et est rentré sur le terrain. L’année d’après il prenait une licence au club ».

Mais de 2015 à 2016, le Baiona FC n’est inscrit dans aucune compétition officielle. « La première année, on s’est un peu structuré, explique le président. On a pris des assurances, on a commencé à rentrer dans les comptes, à essayer de connaître les fonctionnements de la fédération, de la ligue… Avec du recul, heureusement qu’on a eu cette année sans saison pour se mettre un peu dans le bain, se rendre compte de ce que ça représentait ».

Debout à gauche, le président Xavier Becamel au côté de tout l’effectif de la saison 2016/2017

Concerts, penya officielle et réseaux sociaux !

Loin de se consacrer exclusivement sur l’aspect sportif du football, les dirigeants du Baiona FC ont tenu à faire parler de leur club à travers une section événementielle particulièrement active alors même qu’ils ne disputaient aucune compétition. « Dès le début, on voulait faire du foot mais on souhaitait également créer des événements musicaux et socio-culturels sur la ville de Bayonne sachant qu’on est tous originaires d’ici. La première année on a réussi à organiser deux soirées et une journée avec des animations, un tournoi de pétanque et un concert le soir ». Le but : faire parler du club. « Les gens se sont demandé qui étaient ces gars du BFC » s’amuse Xavier Bécamel. Et rapidement, une nébuleuse de plusieurs centaines de personnes se forme autour du club. « C’est un petit village le cœur de Bayonne donc tout se sait très vite ».

Les Tontons Bestak, les « tontons de la fête » en français, c’est le nom du collectif événementiel autour du Baiona FC, une entité extérieure au club par crainte de trop tamponner les événements organisés sous le sigle de la kermesse du football. « Quand on a commencé à prendre des assurances et faire des matchs amicaux, on s’est dit qu’il fallait quand même qu’on soit couverts par quelqu’un, on a donc pris des assurances pour l’organisation de tels événements. On était un peu inconscients mais on a fait les choses dans les règles ! » Cette année, le bureau du club a décidé d’organiser un événement sur plusieurs jours : « On ne va pas parler de festival parce que le terme peut effrayer, mais c’est un événement récurrent qu’on voudrait mettre en place ».

Sous son nom des Tontons Bestak, le Baiona FC va donc organiser deux soirs de concerts les 18 et 19 mai prochain dans un parc de Bayonne. « On va poser un chapiteau de 200 m² avec une scène… On espère entre 250 et 500 personnes par soir si ça marche. On s’est bien rajouté du boulot (rires) ! On est pas mal à aimer la musique, on le fait parce qu’on aime ça. C’est toujours cette notion de plaisir qui prime. Peut-être que ça s’essoufflera avec le temps mais on sent que tout le monde le fait avec plaisir, envie et plein d’excitation parce que c’est tout neuf ». Le latéral gauche du club, saxophoniste et président d’une association musicale, animera notamment l’une des soirées.

Le logo du Baiona FC s'est exporté jusqu'à Eibar. © DR

Et puisque le Baiona FC ne fait pas les choses comme les autres, ses créateurs sont aussi à l’origine d’une penia officielle d’Eibar, club basque évoluant en Liga. Xavier Bécamel raconte les débuts de cette idylle avec le club espagnol. « C’est un tout petit club du pays basque très régional. Il n’y a que 80 centimètres d’espace entre les panneaux publicitaires et la ligne de touche et pourtant ils évoluent en première division espagnole. Leur stade ne fait que 7.000 places. On a suivi cette équipe, on a été voir des matchs avec des potes. La première fois qu’on s’y est rendu, on n’avait pas de places, la rencontre était à guichets fermés et on a fini par la regarder sur le toit d’un immeuble en construction. On s’est finalement décidé à prendre contact avec eux pour demander d’être une penya officielle. Par la suite, on a réussi à organiser plusieurs petits voyages avec le club pour aller les voir jouer. On en a pour 2 heures de bus donc ça fait des journées très chouettes. »

Le club bayonnais pousse même l’originalité jusque sur les réseaux sociaux. On pourrait se poser la question de l’intérêt pour un club si familial qui évolue en district. Mais avec une originalité qui lui est propre, le Baiona FC réussit à fédérer aussi sur le net et compte une communauté de près d’un millier de personnes. « Pour dynamiser la vie autour du club et réunir quelques fonds, on fait des calendriers, des événements, une petite vente de maillots. On a croisé un gars au Sankara (ndlr : bar bayonnais, repère des licenciés du club) qui a un groupe de musique et il a décidé de nous faire une chanson. Ça colle bien à l’image du club… » souligne Xavier Bécamel. Vidéos de présentation du groupe partagées sur les réseaux sociaux chaque week-end, interviews décalées, photos, le club multiplie les initiatives. Avec succès.

Et le côté sportif dans tout ça ?

Si l’on a beaucoup parlé des à-côtés du club, ce dernier en est quand même à sa deuxième saison de compétition. C’est en 2016 que le Baiona FC finit par obtenir un terrain et peut disputer ses premiers matchs officiels. Au plus bas étage du football amateur, en D5. « À Bayonne, il n’y a pas trop d’autres clubs. Il y en a quelques-uns sur le Pays Basque mais après c’est dans le Béarn. On a été jouer des matchs jusqu’à 1h30 de voiture. On tombe souvent sur des équipes B, C. Il n’y a pas beaucoup de clubs qui ont notre fonctionnement : nous, on n’a qu’une seule équipe » rappelle le président. L’entraîneur-joueur du Baiona FC, l’un des créateurs du club, détient un diplôme d’état ce qui lui permettrait de coacher jusqu’au niveau régional : « C’était certainement la personne la plus consciente de ce qui nous attendait, qui connaissait le niveau des gars qui sont arrivés, c’est lui qui a un peu insufflé son envie de monter. Il a su faire jouer et progresser les gens ensemble » confie Xavier Bécamel.

Sur le plan sportif, la saison 2016/2017 est une franche réussite : le BFC ne perd que deux rencontres et monte en D4. Cette saison, il joue les premiers rôles dans sa poule et disputera prochainement les demies-finales de la coupe départementale Dargains. « C’est un peu la coupe pâté-chichon, rigole le dirigeant. La coupe d’en bas mais peu importe, une coupe ça reste une coupe. L’année dernière, on avait été éliminé en quarts par le vainqueur. Cette année, on y pense ! Au début, on prenait un peu les matchs après les autres parce que le championnat était plus essentiel. Maintenant qu’on est en demie, c’est devenu un vrai objectif ! »

Avec sa seule équipe, le Baiona FC compte aujourd’hui 40 licenciés en prenant en compte le bureau du club. Des joueurs dont l’âge va de 25 à 42 ans dont certains ont un vrai passé de footballeur, l’un d’entre eux, un italien âgé de 40 ans, a même déjà évolué en Série B, d’autres au niveau régional en France, et certains ont pris au Baiona leur toute première licence de footballeur. « C’est un beau mélange. Il faut aussi penser à l’avenir. Si ce n’est que des trentenaires et qu’on ne se renouvelle pas, on meurt en cinq ans. » Lors des matchs à domicile qu’il dispute sur son terrain synthétique, le BFC peut compter sur le soutien de son groupe de supporters. Un vrai kop pour un club de district. Au début, la sphère proche des joueurs est venue apporter son appui les jours de matchs puis l’affluence a grossi petit à petit.

« Il y a des gens que je ne connais pas qui viennent voir nos matchs de manière spontanée, confie Xavier Bécamel. Ils ont créé une banderole et nous on leur a fait des drapeaux du club. Il y en a même un qui a récupéré une grosse caisse et qui est là à tous nos matchs ! Les clubs qui viennent jouer chez nous, ils hallucinent. Il y a eu des matchs avec des fumigènes, des chants sur tous nos joueurs. Certains sur le terrain sont morts de rire pendant les rencontres. J’ai même un des gars de l’équipe qui a joué en région, il m’a dit qu’il n’avait jamais joué devant un public qui fait autant de bruit. »

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Continuer d’animer le cœur du petit Bayonne

Pour réussir à faire vivre tout ce petit monde, le club du Baiona FC dépense environ 6.000€ à l’année. Tout ça sans la moindre subvention de la ville. « Ça couvre les licences, le matériel, les réceptions d’après-match, les maillots, les déplacements, l’arbitrage, les inscriptions en championnat… Il faut mettre de l’énergie pour aller les chercher ! ». Alors Xavier Bécamel et les dirigeants du club sont allés chercher des sponsors. « On a pas mal de bars dont le Sankara comme sponsors (rires). Un petit entrepreneur, un traiteur… On voulait des commerces locaux que l’on fréquente ! ». Ce menuisier qui travaille dans le bâtiment donne beaucoup pour que le petit club du Baiona tourne sans dysfonctionnement. « J’ai été obligé de tout remanier mon forfait téléphone ! Entre les coups de fil, les sms aux joueurs, aux dirigeants… on est un peu tous pareil, ça nous prend du temps ».

Le BFC a aussi à cœur de participer à la vie sociale du quartier et de la ville : à plusieurs reprises, il a invité des réfugiés à participer à des matchs de football. « C’est un peu le côté populaire du club, ça a été fait de manière très simple. On s’est juste dit qu’on allait faire un match. Nous, ça nous parait tellement logique de faire ça ! Je pense que c’est un sacré bol d’air pour eux. Il y a des sourires, les mecs sont à fond, c’est excellent et un vrai moment de partage. »

Le Baiona FC a donc un avenir radieux qui s’offre à lui. Après deux années d’existence, ce petit club amateur a prouvé que les valeurs du football étaient encore bien ancrées dans le monde amateur. Il fait bon de le rappeler. Si le président ne sait pas encore où tout cela va bien pouvoir le mener, il ne regrette pas un seul instant de s’être lancé dans cette aventure un peu folle : « Au début, on voulait juste jouer au foot à la cool, je ne sais pas si on pensait à tout ça. C’est aussi une histoire de rencontres. Ça a pris une belle dimension et on est tous conscients de la chance qu’on a. On y met une énergie incroyable mais on prend notre pied quand on voit le kop qui vient le dimanche avec une banderole. Ça nous a un peu dépassé, c’est sûr que le projet marche super bien. On ne sait pas jusqu’où on ira, mais on continue l’aventure quoi ! ».

Avec, dans les cartons, un tas d’autres idées : si lancer une deuxième équipe paraît encore compliquée – ce n’est pourtant pas faute de licenciés puisque le club a même dû refuser certaines demandes – Xavier Bécamel pense déjà à lancer une section féminine. Le président ne se ferme toutefois aucune porte et ouvre grand la porte aux personnes motivées : « Le but c’est de faire rentrer dans le club des personnes qui sont conscientes de la teneur du projet. Les mecs seront peut-être amenés à faire arbitre de touche, à jouer en D4, être bénévoles sur un événement culturel. Le but c’est de faire venir des personnes concernées par le projet ».

À l’heure où la violence dans le football amateur inquiète, où les réseaux sociaux sont davantage le lieu de déchaînement d’insultes que de partage, le Baiona FC représente tout ce qu’il y a de meilleur dans le football. Pourvu que ça dur !

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