Les clubs de futsal ont toujours du mal à faire entendre leur voix
(Photo Philippe Le Brech)

Dans des propos relayés dans un article du Parisien, l’équipe de futsal de Torcy (D2) a indiqué avoir été victime « d‘insultes racistes » lors du match disputé à Chavanoz ce week-end. Une version contestée par le club nord-isérois que nous avons contacté.

Le sentiment de surprise lié à la découverte des articles s’étant emparé du sujet a fait place à la consternation. « Je suis attristé. Pour le club, pour les adhérents et pour les bénévoles où sont nombreux ceux issus de la diversité. On a toujours baigné dans ce melting pot. On a toujours prôné des valeurs d’égalité. Depuis 12 ans d’existence je pense qu’on a acquis le respect de tous les clubs qu’on a pu croiser jusqu’en D1. Ce que je lis, ce que j’entend depuis hier, c’est très loin de tout ce qu’on transmet depuis des années. Aujourd’hui l’image du club est salie. »

Les propos d’Issa Saffi, l’entraîneur de Chavanoz, sont forts. Et le technicien est remonté. « Au delà de salir notre image, on met en danger mes joueurs sur les prochains déplacements. Il y a des menaces en off sur les réseaux sociaux. On devient des dommages collatéraux sur une situation inexistante. Aujourd’hui quelqu’un d’extérieur qui n’a jamais entendu parler de nous à l’image de mecs avec des fourches et des vaches autour qui crient sale noir à des gars qui viennent de Paris. C’est complètement aberrant ! »

Issa Saffi détaille un déroulé différent des faits, s’appuyant notamment sur les images (voir la vidéo en fin d’article). « C’est Torcy qui a mis le feu aux poudres. Un 1’30 de la fin, alors qu’on mène 4-3 un premier joueur de chez eux se fait exclure suite à un fait de jeu. Ca commence à mettre le feu sur le banc de Torcy. Quelques secondes plus tard, 2ème rouge et à ce moment là ça éclate. L’adjoint, le même qui s’est exprimé sur le terrain, entre sur le terrain et se met en tête à tête avec l’arbitre. Ce dernier est également poussé par un joueur. Nous on essaie de calmer les esprits ou on regarde de loin et le public ne bouge pas. »

Une version corroborée par le rapport de l’arbitre

Une version corroborée par le rapport de l’arbitre que nous avons pu consulter. « […] Je l’ai donc exclu et à la vue du carton rouge, ce dernier m’a d’abord dit “va te faire en…”, puis immédiatement après m’a bousculé en exerçant une poussée avec ses deux mains (paumes ouvertes) sur mon torse, me faisant reculer de deux pas. Il a ensuite difficilement quitté le terrain avec l’aide de ses coéquipiers. Lors de l’interruption du match qui est survenu deux minutes plus tard, ce joueur se trouvait à l’entrée du tunnel des vestiaires et a adopté une attitude menaçante envers mon collègue et moi, bousculant du bras celui-ci et persistant dans son attitude contestatrice, nous suivant jusqu’à notre vestiaire.

[…] Alors qu’il restait 26 secondes de jeu et que le score était de 4-3 en faveur de CHAVANOZ, ce
joueur a commis une faute grossière en plaçant sa semelle à hauteur de la cuisse et du genou de son adversaire, juste en face de moi au milieu du terrain. Je l’ai immédiatement exclu et il s’est précipité sur moi poing levé en m’insultant et en me menaçant ainsi : “t’es qu’une grosse p…, je vais te crever sale fils de p…”. Il semblait déterminé et il m’a fait reculer plusieurs fois. Il fut heureusement retenu par plusieurs coéquipiers, adversaires et dirigeants qui avaient beaucoup de mal à le maîtriser, ainsi que par le 2e arbitre qui s’est lui aussi interposé et s’est fait bousculer à cette occasion
. »

Après que les esprits aient continué à s’échauffer et que le ton commençait à monter également en tribune, l’arbitre a décidé de renvoyer tout le monde aux vestiaires. « Mais ce n’est pas la fin de l’histoire », complète Issa Saffi. « Au moment de rentrer aux vestiaires un joueur met un gros pointu sur le ballon en direction des tribunes et le ballon heurte un spectateur, on le voit sur la vidéo. Il y a des échanges avec un spectateur que je n’avais jamais vu de ma vie. Est-ce à ce moment là qu’il y a eu des insultes racistes ? Aucun témoin autour ne l’a en tout cas entendu. Le joueur ressort et lance une bouteille d’eau sur les spectateurs. Derrière lui un de ses coéquipiers arrose la tribune en souriant. Ils ont continué à mettre de l’huile sur le feu. »

Le FC Chavanoz compte porter plainte

Malgré tout l’arbitre considère dans son rapport que les conditions sont réunies pour que les 26 dernières secondes puissent se jouer. « Nous avons demandé aux dirigeants de CHAVANOZ de garantir la sécurité de l’équipe locale en faisant monter tous les spectateurs tout en haut de la tribune et en plaçant un cordon de sécurité pour les empêcher de redescendre importuner les visiteurs, et à ceux de TORCY de veiller à ce que les deux joueurs exclus restent aux vestiaires. Les dirigeants locaux ont accédé à notre demande et les conditions de sécurité étaient réunies pour reprendre la partie. »

Torcy refuse et le match ne reprend pas. « Ils sont menés 4-3 avec une double supériorité numérique pour nous et seulement 25 secondes à jouer… » relève avec ironie Saffi. « Le pire c’est que tout le monde a calmé le jeu à l’issue du match, il n’y avait pas d’animosité. On leur a dit que si un imbécile avait réellement tenu ces propos 1) qu’il n’avait aucun rapport avec nous, 2) qu’on prendrait nous aussi les mesures adéquates. On a d’ailleurs pu noter qu’il n’y a eu aucune embrouille à leur sortie du gymnase. Il n’y avait personne, tout le monde était rentré chez lui. Alors oui on est surpris de tout ce qu’on lit depuis. Leur président nous a d’ailleurs appelé pour s’excuser de l’ampleur que ça commençait à prendre… »

Le club de Chavanoz devrait par ailleurs porter plainte dans cette histoire. Retrouvez ci-après la vidéo de la fin du match.

Chavanoz - Torcy - fin du match

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