Andrew Jung : « Pour sourire dans la vie, j’ai besoin de jouer ! »

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Andrew Jung martyrise les défenses de National depuis le début de saison. (Photo Philippe Le Brech)

Meilleur buteur du championnat avec seize buts après dix-sept journées, Andrew Jung fait trembler les défenses de National. Prêté par Châteauroux, il espère confirmer sur cette deuxième partie de saison. Entretien avec un joueur de 23 ans attachant et ambitieux.

Andrew Jung, vous avez marqué seize fois en dix-sept matchs. C’est assez incroyable, non ?

« Oui, c’est plutôt pas mal (rires). Il faut continuer comme ça. Il reste encore beaucoup de matchs. Je ferais les comptes à la fin. »

Vous marquez quasiment un but par rencontre. Comment expliquer une telle efficacité ?

« Je l’explique par la confiance du coach (Bruno Irlès). Il me fait jouer toutes les minutes. Depuis que je suis arrivé, je crois être sorti seulement dix minutes. J’ai une équipe performante autour de moi avec de très bons ailiers et Ottman Dadoune qui excelle aussi devant. C’est un travail d’équipe. »

Cette saison, rien ne peut vous arrêter, non ?

« Je me dis surtout que j’ai envie de continuer. Cela étant rien ne peut m’arrêter, je ne sais pas. »

Les connaisseurs parlent souvent de confiance pour un attaquant. Comment se caractérise-t-elle ?

« Il faut avoir la confiance du coach. Quand il ne te sort pas et que tu marques dans les dernières secondes, c’est très important. Ça fait du bien et ça montre toute la confiance qu’il a en toi. Ça te pousse sur le terrain à donner encore plus. Il y a aussi ma progression. Je ne suis plus le même joueur maintenant qu’il y a deux ans. Je progresse dans mes déplacements, dans mon jeu, face au but. A 21 ans, je n’étais pas un joueur fini. En 2021, je ne le suis pas encore mais je me suis amélioré. »

« Avec Ottman Dadoune, on a créé des liens »

Par le passé, vous n’aviez pas la confiance de vos entraîneurs ?

« A Châteauroux, je ne l’ai pas trop connu. Il ne me faisait pas trop confiance. J’ai un peu moins joué. Mais, à Concarneau, j’étais plutôt à l’aise. »

Que vous apporte au quotidien Bruno Irlès ?

« Hormis la confiance, il me conseille beaucoup sur mon jeu dos au but, sur mes déplacements par rapport à l’adversaire. J’ai beaucoup progressé et c’est en partie grâce à lui avec le travail entrepris à l’entraînement. »

Vous êtes un attaquant plutôt complet. Mais votre jeu de tête est encore perfectible ?

« Oui, ça va mieux (rires). Je dois marquer plus de buts de la tête (deux cette saison) car souvent je gagne mes duels aériens. Je n’ai pas un mauvais jeu de tête mais avec ma taille (1m92), je dois faire mieux. Mon jeu de tête doit devenir un vrai point fort. Je suis un attaquant assez complet, capable de prendre la profondeur, je peux garder les ballons dos au but. Et pour l’instant, je finis plutôt bien les actions. »

Vous formez un duo redoutable avec Ottman Dadoune à la pointe de l’attaque de QRM. En quoi êtes-vous complémentaires ?

« Nous avons tous les deux un profil longiligne et solide mais nous sommes aussi mobiles et techniques. Sur le terrain, notre duo s’entend bien. Pour l’instant, ça marche bien. Lors de la préparation, j’avais des petites gênes mais dès le début de saison, le coach nous a aligné ensemble. Avec Ottman, nous sommes à côté dans le vestiaire, on a même créé des liens en dehors. Quand on s’entend bien, ça va plus vite sur le terrain. »

« La montée ? C’est trop tôt pour en parler »

Quel but retenez-vous sur cette première partie de saison ?

« J’ai bien aimé mon but contre Bastia Borgo. À la suite d’une passe en profondeur de Yassina Bahassa, j’amène le ballon de la poitrine. Ensuite je vois le défenseur arrivé, je fais une feinte de frappe et il tombe dedans. Et je finis face au gardien. »

Quevilly Rouen Métropole vise-t-il la montée ?

« La montée, on verra, c’est encore tôt pour en parler. QRM vise le haut de tableau. Pour l’instant, on y est, on a envie d’y rester. Ce n’est que la mi-saison. »

Paradoxalement, vos deux clubs sont dans des spirales bien différentes et opposées. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

« Honnêtement, je suis pleinement concentré sur le projet QRM. Je porte leur maillot. Je regarde surtout nos productions même si je garde un œil attentif sur leurs rencontres. Ma priorité, c’est QRM. »

Au vu de sa situation, Châteauroux (dernier de Ligue 2) a-t-il envisagé de vous rapatrier ?

« Non, personne ne m’a appelé ou contacté. »

Vous avez été prêtés deux fois à Concarneau. Que retenez-vous de cette expérience bretonne ?

« Je voulais sortir de ma zone de confort. A Reims (son club formateur, N.D.L.R.), je ne connaissais pas ce qu’il y avait autour. Et le monde amateur. Ça m’a fait beaucoup de bien. J’ai appris beaucoup de choses et notamment des valeurs humaines. C’était ma première saison au-dessus du National 2 (2018-2019 puis 2020). »

Certains jeunes joueurs professionnels rechignent à un prêt dans les divisions inférieures. Ce n’était pas votre cas (troisième prêt) …

« Oui, je l’accepte volontiers. Pour sourire dans la vie de tous les jours, j’ai besoin de jouer. J’ai besoin de prendre du plaisir. Avant d’être mon métier, le foot, c’est ma passion. J’ai besoin d’enchaîner les matchs et être heureux tout simplement. Si tu ne joues pas, tu ne l’es pas. C’est pour ça que j’ai demandé à chaque fois des prêts. »

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Andrew Jung se veut ambitieux. (Photo Philippe Le Brech)

« Mon modèle ? Zlatan Ibrahimovic »

Est-ce l’heure pour vous de goûter véritablement à la Ligue 1 ou la Ligue 2 (3 matchs avec Reims, 9 matchs avec Châteauroux) la saison prochaine ?

« Oui, j’espère aller au-dessus. J’ai de l’ambition. Il faut que je continue à bien progresser, marquer et faire de bonnes performances. Je veux aller le plus haut possible, je ne me fixe aucune limite. Je pense avoir les capacités, je travaille pour. Et j’irais en Ligue 1, Ligue 2 ou à l’étranger… »

Beaucoup de grands joueurs ont émergé du national. Est-ce une motivation supplémentaire ?

« Oui, c’est clair. Kanté, Giroud, Ribéry sont passés par le National et on voit la carrière qu’ils ont eu et qu’ils ont encore. C’est un championnat très formateur et qui permet de franchir des paliers. »

Quels défenseurs vous ont posé le plus de difficultés cette année ?

« J’ai bien aimé Christophe Kerbrat du Stade Briochin. Il est très intelligent, ça se voit qu’il a joué au-dessus. Dans ses placements, il anticipe beaucoup. Il devine ce que va faire l’adversaire. Et Peter Ouaneh à Concarneau dans un style différent mais c’était un bon défi de jouer contre eux. Ce genre de défenseur, il faut réussir à leur faire mal (sourire) mais il faut le faire avec tout le monde. »

Cette année, le championnat est pourvu de talents. Comment jugez-vous le niveau du national ?

« C’est un bon championnat entre les joueurs prêtés, les équipes qui descendent de Ligue 2… Il y a beaucoup de qualités. Chaque année, il y a beaucoup d’éléments qui vont jouer au-dessus, ce n’est pas rien. »

Quel est votre modèle ?

« C’est Zlatan Ibrahimovic, il est inspirant sur et en dehors du terrain. Il a une vraie personnalité, il ne fait rien comme les autres, c’est ce que j’aime. Et sur le terrain, il sait tout faire. »