Amar Ferdjani
Amar Ferdjani est fier de ce que ses joueurs ont montré. (Photo Philippe Le Brech)

Le FC Olympique Strasbourg Koenigshoffen 06 s’est offert Clermont (L1) et va disputer un seizième de finale historique face à Angers, un autre pensionnaire de l’élite. Amar Ferdjani (48 ans), installé depuis moins de deux ans sur le banc alsacien, savoure et décrypte un mois de janvier complètement inédit…

Amar, tout d’abord, quel est le sentiment après cette qualification contre Clermont ?

« On s’est préparé au mieux, en fonction de nos moyens et des conditions du moment. On ne savait pas ce qui nous attendait même si on était conscient que c’était un pensionnaire de Ligue 1. Nous n’avions pas disputé de match officiel depuis un mois et il y avait cette incertitude avant le coup d’envoi. Mais on ne voulait avoir aucun regret après la rencontre. On savait aussi que si on défendait bien les premières minutes, on allait aussi prendre confiance en nous. »

C’est ce que vous avez ressenti sur le terrain ?

« On était obligé d’élever le niveau à tout point de vue, que ce soit footballistiquement ou tactiquement : les déplacements, la synchronisation, l’anticipation, tout ce qu’on ne voit pas ! On a réussi à ne pas trop s’éparpiller en gardant une certaine fraîcheur mentale, de la confiance et de la sérénité. C’est ce qu’on a essayé de véhiculer dans les discours, les causeries d’avant-match d’ailleurs. Les joueurs en ont pris conscience et savaient également que le coach adverse allait peut-être faire tourner son effectif, que le terrain allait plutôt jouer en notre faveur… »

Mais vous avez réussi à rivaliser dans le jeu !

« Je connais la qualité de mon groupe et c’est ce que j’ai dit à mes joueurs. Si les équipes de N2, N3 sont capables de faire face aux équipes professionnelles, c’est qu’on est capable de le faire. C’est sûr qu’on n’aura pas la même possession de ballon que lors des tours précédents mais on a montré qu’on était capable d’avoir des petites périodes de maitrise, de mettre les ingrédients pour mettre en danger l’adversaire. »

Amar Ferdjani et son staff ont tout fait pour mettre les joueurs en condition. (Photo Philippe Le Brech)

Amar Ferdjani est rentré au vestiaire tout seul

C’est un match qui n’a pas dû être simple à préparer…

« La complexité se trouvait au niveau de la préparation justement (sourires). D’habitude, mi-décembre, on coupe trois semaines pour reprendre aux alentours de la mi-janvier. Là, il a fallu maintenir la dynamique. On a accordé quatre jours pour les fêtes de Noel mais nous n’avons pas stoppé complètement l’activité physique. Avec mon staff, nous avons essayé de mettre de la variété dans ce qu’on a pu proposer au groupe : salle de fitness, session d’aqua-bike. Il fallait aussi pouvoir évacuer mentalement. »

Il a donc fallu aussi réajuster vos méthodes de travail ?

« On a essayé de sensibiliser et de convaincre les joueurs. A ce moment de l’année, c’est en plus très compliqué de trouver des adversaires pour garder le rythme. Grâce à mon frère Djamel (entraîneur de Sarreguemines FC), on a pu disputer une rencontre amicale contre une belle sélection de joueurs alsaciens. Un moyen de travailler tactiquement en plus des séances d’entraînements qui ont été courtes mais intenses, avec beaucoup de rythme. Les joueurs ont souffert mais on les a mis en condition pour pouvoir tenir 90 minutes contre une équipe professionnelle. »

La séance de tirs au but a dû être insoutenable, non ?

« Je félicite mes joueurs d’avoir gardé cette sérénité pendant la séance. Ils ont pris leurs responsabilités et chacun savait ce qu’il avait à faire. Mon joueur a d’ailleurs mis 30 minutes à prendre son élan pour tirer le tir au but victorieux (rires). Puis c’est l’explosion… tout le monde court, saute de partout. Moi, je suis plus de nature calme, zen et je suis rentré au vestiaire, tout seul. J’ai eu quelques larmes car il y a beaucoup de bonnes choses qui vous passent par la tête. J’étais lessivé aussi, les bénévoles également car l’organisation, c’était toute la semaine et l’investissement de chacun a été incroyable. Il y a ce qu’on voit sur le terrain et ce qui est mis en place pour. »

« La Coupe de France, c’est particulier ! »

On a l’impression que vous êtes encore sous le coup de l’émotion…

« C’est forcément un moment particulier. On était tous éparpillé ce jour-là, sur le terrain, face aux caméras et il faut savourer, en profiter. On a suivi ensemble le tirage hier soir dans un bar et les gars étaient forcément très heureux. Le rêve continue puisqu’on va affronter Angers, un autre club de Ligue 1 en 15 jours. On aurait pu tirer Marseille, Lyon, le PSG, Lens quand on voit les affiches. Nous aurions aussi pu tomber sur des pensionnaires de National 2 ou National 3 donc Il faut se satisfaire de ce tirage car c’est magnifique ce qu’il nous arrive alors qu’on évolue en R1. »

La rencontre arrive très rapidement, dans 10 jours à peine…

« Il faut faire en sorte d’arriver dans les mêmes conditions mentales et en ayant la même sérénité contre le SCO qui n’est pas au mieux en championnat. Depuis samedi, les sollicitations nous propulsent dans la lumière et c’est normal. Ça n’arrive pas tous les jours. On a réalisé un exploit mais il faut maintenant se servir de ce qui a très bien marché contre Clermont. On doit être capable de reproduire et d’avoir la même générosité et sérénité dont on a fait preuve pour aller chercher cette qualification. Il ne faut pas qu’on se voit trop beaux ni qu’on tombe dans la facilité ! »

Pensiez-vous vivre de telles émotions il y a six mois ?

« Je suis arrivé la saison dernière en provenance de Illkirch Graffenstaden (N3) et on a réussi à monter dès la première année avec Koenigshoffen de R2 à R1. On a cette capacité à recruter de manière cohérente, d’enrichir l’effectif pour avoir le meilleur équilibre possible. L’objectif à court ou moyen terme est d’évoluer en National 3 mais la Coupe de France, c’est particulier, c’est une autre chose. On ne peut pas se projeter ni prévoir un parcours même en étant conscient de la qualité de son effectif. »

Amar Ferdjani 1

Arrivé d’Illkirch Graffenstaden (N3) en 2021, Amar Ferdjani a réussi à faire monter le FCOSK06 dès la première saison. (Photo Philippe Le Brech)

Amar Ferdjani « fier de l’image montrée ce week-end »

C’est une aventure qui laissera des traces ou qui va vous servir pour la suite de la saison ? 

« On est fier de l’image qu’on a montré ce weekend, le fait de représenter le foot amateur et notre région de cette manière. D’avoir réussi à être performants sur le terrain, que mes joueurs aient répondu aux attentes footballistiques, qui ont été même au-delà de ce que j’espérais. Le club et ses bénévoles ont été tout autant monstrueux dans le domaine organisationnel. C’est une addition de toutes ces compétences qui fait que la qualification a été possible. Samedi, il y avait beaucoup de supporters, de parents… j’observe beaucoup de ma position et c’est une immense fierté, tout simplement. On se dit maintenant qu’on est le dernier club à représenter notre région puisque le Racing a été éliminé… contre Angers (sourires) aux tirs au but un peu plus tôt dans le week-end. »

Et on imagine désormais l’attente autour de ce seizième de finale historique…

« Depuis samedi 20 heures, je reçois énormément de messages. C’est là, avec ces réactions qui viennent de partout, qu’on réalise ce qu’on a produit. C’est énorme pour un club comme le nôtre et il va falloir qu’on reste les pieds sur terre, humbles car on a une mission. On représente beaucoup de monde, le football amateur, les clubs de notre région. Mes joueurs, je les encenserai toujours car c’est surtout grâce à eux mais je souhaite à tout éducateur, entraîneur de vivre ce que je suis en train de vivre ne serait-ce que pour quelques minutes… »

SHARE