Les joueurs de Mathieu Chabert ont réalisé un e saison exceptionnelle.
Les joueurs de Mathieu Chabert ont réalisé un e saison exceptionnelle. (Photo AS Béziers)

Les Bitterois ont écrit une page de l’histoire du club, de la ville, de la région en réalisant l’exploit de monter en Ligue 2 au terme d’une saison où rien ne les prédestinait à un tel bonheur. Désormais dans le monde professionnel, c’est un nouveau chapitre que va devoir ouvrir le président Gérard Rocquet et toute son équipe. Entretien avec son fidèle conseiller et ancien joueur professionnel, Alessandro Furtado… 

Alessandro, l’AS Béziers a créé il y a quelques semaines l’exploit de monter en Ligue 2. On imagine que la transition avec le monde professionnel doit représenter beaucoup de travail…
Bien-sûr, mais on le savait dès le départ. Après, ça reste quelque chose de très positif à vivre.  J’avais déjà pu m’en rendre compte lorsque j’étais professionnel à Lens. Je côtoyais les dirigeants, je voyais qu’ils étaient débordés, surtout en Ligue 1. Comme on avait déjà pas mal de travail et de demandes en National, je me doutais que ce serait encore plus important en Ligue 2. Et notamment médiatiquement, c’est totalement différent.

Malgré l’incertitude de la fin de saison, c’est quelque chose que vous aviez anticipé ?
Oui et non. On l’avait en tête, et notamment le président qui devait y réfléchir bien avant moi. En tout cas, c’était notre objectif d’atteindre le monde professionnel. Si on veut progresser, il faut tous les jours se donner des challenges. Et on continuera d’ailleurs à s’en donner l’année prochaine en Ligue 2. C’est ce qui fait avancer, que ce soit dans le sport ou dans la vie de tous les jours.

On imagine que les émotions devaient être énormes…
Totalement. Le président avait déjà connu plusieurs montées. Personnellement, c’est ma première. C’est tout nouveau, on va dire que ce sera enregistré à jamais dans la boite tout là-haut (rires). Ce sont des émotions magnifiques, dont on profite énormément. J’ai vraiment pris beaucoup de plaisir, d’autant que le scénario était très indécis. On savait que l’on devait faire le boulot mais on attendait aussi que les autres le fassent de l’autre côté. C’était beaucoup de pression mais au final, une superbe récompense.

« Le club a besoin de la formation ! »

Vous êtes le conseiller du président Rocquet depuis plusieurs années. Votre duo fonctionne à la perfection…
Gérard est quelqu’un de très ambitieux, il ne s’arrête jamais. Je suis encore jeune, ce sont des personnes dont on doit s’inspirer pour apprendre et grandir. C’est ce que je fais depuis tout ce temps. Et puis j’essaye bien évidemment d’apporter mon vécu, tout ce que j’ai pu vivre dans le monde professionnel. On essaye de tirer le maximum de chacun, il y a beaucoup de complémentarité entre nous tous. Mais surtout, la grande force que nous avons au club, c’est que nous sommes une grande famille. On a un groupe cohérent, un staff qui travaille bien et des recruteurs qui font un excellent boulot. C’est un vrai travail d’équipe, nous sommes beaucoup dans l’échange. C’est comme cela que je vois la vie, la progression. Je suis arrivé en France à 14 ans, j’ai dû m’adapter aux autres. Il faut toujours être à l’écoute, tout en partageant ses opinions. Le plus important, c’est de communiquer, de parler. C’est de cette manière que l’on peut tirer le maximum de chacun, c’est notre manière de faire à Béziers.

Au-delà des grands, les jeunes du club sortent également d’une superbe saison avec notamment une montée en National pour les U19. C’était important pour vous ?
C’est fondamental car le club a besoin de la formation, notamment avec notre arrivée dans le monde professionnel. Les jeunes, c’est l’avenir d’un club, il ne faut jamais l’oublier. C’est encore une fois la récompense du travail de nos dirigeants avec Stéphane Aguilar et tous ses éducateurs. C’est bien évidemment très positif, même si j’ai un seul petit regret, celui d’être passé près de la montée en National 3 avec la réserve. Mais sinon, tout est très encourageant. J’ai fait le tour de pas mal de clubs et notamment professionnels. Et quand je vois leur travail, je peux certifier qu’on n’est vraiment pas loin. Maintenant que nous sommes dans le monde professionnel, on va avoir de meilleures structures et un peu plus de finances pour encore mieux gérer notre formation et garder nos jeunes. C’est ce qui est important.

Notamment à travers un centre de formation ?
C’est effectivement à prévoir assez rapidement. Il faut commencer à le préparer mais déjà, on doit faire le boulot la saison prochaine pour montrer que le football professionnel est une étape à franchir pour s’y installer, comme toutes les autres.

« C’est une nouvelle étape de ma vie qui commence ! »

Quel peut être le danger de cette découverte du monde professionnel ?
C’est nous-mêmes, tout simplement. Je n’ai pas peur de l’inconnu, si j’en avais peur, je ne serais pas venu en France à 14 ans. J’aime prendre des risques et notre seul danger, ce sera nous. On va respecter toutes les équipes mais une fois que nous sommes sur un terrain de football, tout est possible. C’est le seul sport qui offre cette incertitude, c’est ce qui fait la beauté du football. On n’aura peur de rien, on a déjà prouvé que l’on pouvait faire de grandes choses. Prenons le cas d’Ousmane Kanté, il a 28 ans et vient de CFA. Il sort d’une très belle saison de National et va peut-être faire une très belle saison de Ligue 2, je l’espère en tout cas. On va mettre les joueurs et le staff dans de bonnes dispositions, après, ce sera à eux de faire le boulot sur le terrain.

Un mot également sur votre club de cœur, le RC Lens, que vous allez retrouver en Ligue 2…
J’ai grandi là-bas, je connais tout le monde. C’était un peu comme une famille pour moi quand je suis arrivé en France. J’ai beaucoup de respect pour ce club. Après, une fois que le match sera commencé, ce sera un adversaire comme tous les autres. Je suis un compétiteur, je veux gagner, peu importe l’adversaire. Mais c’est clair que ce sera beaucoup d’émotion de revenir dans ce stade, cette fois de l’autre côté, et surtout en tant que dirigeant. Jamais je n’aurais pu imaginer cela. C’est une nouvelle étape de ma vie qui commence.

Ce déplacement à Bollaert sera sûrement le premier que vous regarderez à la sortie du calendrier !
Pas spécialement, de toute manière, on va jouer toutes les équipes. On va prendre match après match et émotion après émotion. Beaucoup de joueurs vont découvrir des stades qu’ils ne connaissent pas, des ambiances dans lesquelles ils n’ont jamais joué. Quoi qu’il arrive, on va vivre quelque chose de magnifique. Une chose est certaine, c’est que l’on va toujours rester soudés autour de cette notion de famille si chère au club. Et puis surtout, on va toujours tout donner, d’autant que l’on devrait avoir encore plus de monde derrière nous l’année prochaine. Tout donner avec beaucoup d’humilité mais également beaucoup d’envie. Il faut récompenser tous ceux qui nous soutiennent depuis toutes ces années.

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