Jacques Rousselot : « Redonner au foot amateur la place qui lui revient »

Jacques Rousselot souhaite se démarquer de son adversaire Noël Le Graët en mettant l'accent sur le football amateur.
Jacques Rousselot souhaite se démarquer de son adversaire Noël Le Graët en mettant l'accent sur le football amateur. (Photo DR)

Alors que la plupart des médias interrogent les candidats à la présidence de la FFF sur l’équipe de France ou le football professionnel, notre rédaction pose les sujets du football amateur sur la table.

La campagne se termine mais de nombreux acteurs du football amateur se posent des questions sur les différentes actions qui pourraient être mises en place pour aider le développement des clubs. Quelles sont vos propositions concrètes pour la base du football ?

« Comme vous le dîtes vous-même, le football amateur est bien la base du football , celui du terrain et de ceux qui l’animent chaque semaine à travers le territoire, cette base sur laquelle repose tout l’édifice. Sans doute pas assez bling-bling pour la direction actuelle, le football amateur est négligé par la FFF… à l’exception de ses plus de deux millions de licenciés qui permettent à la fédération de valoriser par exemple ses partenariats sans pour autant que le monde amateur n’en profite !

Si nous sommes élus, nous souhaitons redonner au football amateur toute la place qui lui revient en garantissant à la LFA (Ligue du Football Amateur) son autonomie et l’impliquer pleinement dans la conclusion des accords avec les partenaires commerciaux de la FFF. La LFA doit avoir les moyens de son ambition : c’est pourquoi je propose de créer un fonds de solidarité de 10 millions d’euros pour le football amateur, en plus de la sanctuarisation de l’ensemble des enveloppes financières attribuées au football amateur. A l’image des nouvelles méthodes de gouvernance que nous souhaitons appliquer, ce fonds sera utilisé via la LFA en concertation avec les ligues et les districts, en tenant compte des réels besoins de chacun et avec le souci de toujours placer le développement de nos clubs au cœur de notre action. »

Aujourd’hui, les clubs ont réellement besoin d’être plus structurés, surtout avec des règlements de plus en plus contraignants (statut de l’arbitrage, statut des éducateurs, perte de licenciés seniors). Que peut faire la FFF pour aider les Ligues et District sur ces sujets ?

« La gestion du football amateur est révélatrice de la gouvernance actuelle. Trop souvent imaginés par des salariés trop éloignés des réalités du terrain, les dispositifs fédéraux imposés ces dernières années aux acteurs du football amateur (ligues, districts, clubs) ont été trop lourds, trop nombreux et trop complexes. Je suis convaincu qu’il faut aujourd’hui leur redonner des espaces de liberté. Il faut tenir compte des spécificités de chaque ligue pour mettre en place une offre sur-mesure, selon la situation de chacune. Les nombreux échanges que mon équipe et moi-même avons eus au cours des dernières semaines sur le terrain m’ont convaincu du bien-fondé de notre démarche. Par exemple, dans le cadre de la réforme territoriale, un accompagnement des ligues est nécessaire tant l’impact est différencié en fonction des régions.

En plus des moyens financiers et humains renforcés pour le football amateur, je souhaite développer les passerelles de proximité entre la DTN et les instances décentralisées (ligues et des districts) pour promouvoir une formation de qualité. Nous proposons par ailleurs de garantir et prendre en charge totalement les coûts des outils de travail imposés par l’organisation fédérale : la FFF doit être au service du foot amateur, et non l’inverse ! »

« Plus d’harmonisation dans les sanctions disciplinaires ! »

La violence est de plus en plus présente sur les terrains du football amateur. Quelles sont les actions à mettre en place pour enrayer ce regain de violence ?

« Ce n’est pas tout à fait exact. Dans son rapport de janvier dernier, l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) relevait que 1,4% des rencontres (sur un total de 785 000 matchs en amateur) de 2015-2016 avaient connu des violences ou des incivilités, soit un chiffre en légère baisse par rapport aux saisons précédentes (quand bien même l’indicateur n’est pas parfait). L’évolution n’est donc pas à la hausse. Toutefois, on ne peut se satisfaire de ce chiffre.

Une baisse sensible et durable de la violence sur les terrains passe par la formation de l’encadrement technique (éducatrices et éducateurs) et administratif (dirigeantes et dirigeants) pour que les joueuses et les joueurs soient de mieux en mieux sensibilisés. Je pense que la FFF via la LFA en partenariat avec les ligues et les districts, mais aussi avec l’Etat et les collectivités, doit consacrer les moyens nécessaires au développement des bonnes pratiques. Bien souvent, les clubs – qui subissent au premier chef les effets de la violence sur les terrains – mettent en place des dispositifs pour lutter contre ce phénomène. Le rôle de la fédération doit être d’identifier et de développer ses actions quand leur efficacité est reconnue. Je pense en particulier au travail entrepris par la Ligue de Paris Ile-de-France qui a fait de la prévention, de la médiation et de l’éducation un axe prioritaire de son action en concertation avec les districts et les clubs franciliens ; de fait, les résultats sont probants. »

Les sanctions sont beaucoup plus importantes dans le football amateur (de National à District) par rapport au football professionnel. Ne faudrait-il pas harmoniser ces sanctions car elles peuvent aller du simple au triple ?

« Il y a un code disciplinaire de référence qui peut être aggravé par les assemblées générales des ligues et des districts et des commissions de discipline qui jugent en leurs âmes et conscience dans le respect des règles. Ce qui est souhaitable d’harmoniser ce sont les sanctions dans des environnements similaires. L’activité des acteurs des championnats nationaux seniors se rapproche de plus en plus de celle des professionnels et le code de référence est le même ; dans ce cas il serait donc bien qu’il y ait plus d’harmonisation. »