Photo Jérôme Bouchacourt

Ce dimanche 19 novembre, un arbitre de football a été agressé par des joueurs lors d’un match de 3° division de district. Encore une agression. Celle de trop ?

Depuis les années 90 (je commence volontairement à une date que les acteurs de ce sport d’aujourd’hui connaissent), la fonction arbitrale change, elle se mue, elle se met au goût du jour d’un règlement qui ne cesse d’évoluer. Le jeu s’accélère, les dirigeants innovent, les joueurs évoluent mais la fonction n’en demeure pas moins difficile. Bien au contraire.

Si les contestations sont devenues, de la Ligue 1 à la 5° division de district en passant par le CFA, une habitude, un réflexe, un soulagement ou pire un plaisir pour quelque spectateur, joueur, président ou dirigeant, il n’en reste pas moins que la violence des propos, la brutalité des gestes mais surtout la fréquence d’actes d’agressifs vis-à-vis du corps arbitral ont pris une toute autre tournure ces derniers mois. Notamment en Corrèze. Deux dimanches de suite sans oublier (au moins) trois agressions sur les deux dernières saisons.

Il est temps de réagir. Tous : instances nationales, ligues, district, clubs, joueurs, dirigeants. Et arbitre évidemment. Et les médias, (écrits notamment), pour sensibiliser le spectateur.

Plusieurs raisons expliquent cette dérive. Je m’arrêterai dans ces quelques lignes sur celle qui consiste à dire : « le foot est l’image de notre société » répété à l’envie lorsque les solutions manquent à tenter de résoudre le problème d’une violence (presque) endémique envers le corps arbitral.

Donc le foot évolue et l’arbitrage avec !

Quand le « foot à papa », (celui avant les années 90) coûtait quelques pansements lors du derby annuel ou quelques quolibets à l’homme en noir, une bonne douche et quelques bières suffisaient à oublier les manquements de chacun lors du match, sans que l’un soit plus critiquable que l’autre.

Mais le foot a évolué. Dans un professionnalisme économique exacerbé (diffusion et droits télé, marchandising, mercato, billetterie) où pas un jour de la semaine ne se passe sans un match et où, par conséquent, chaque faits et gestes (du gars au milieu en tout noir, tout violet ou tout jaune) sont décortiqués par la télé, décrits par la presse, contestés au comptoir, critiqués depuis sa banquette ou conspués au stade. Rien n’échappe à celui qui se prend pour l’arbitre le temps d’une action. Plus rien. Et plus rien ne fait barrage à son verbe acide. Plus rien n’empêche le spectateur lambda d’hurler sa haine après l’arbitre. Et plus rien n’empêche le joueur, le dirigeant et le spectateur de malmener, d’insulter, de frapper.

L’arbitre passionné, neutre, équitable, ne peut pas rester stoïque ni insensible aux virulentes interventions contre lui de tous les acteurs du foot.

Parfois, l’arbitre s’efforce d’expliquer les règles. Celle de la faute de main par exemple. Cette satanée main dans un sport de pieds (parfois carrés). Expliquer que l’intentionnalité de la faute de main est sanctionnée mais pas la main dite involontaire : mais que le simple fait de vouloir toucher le ballon de la main est une faute alors qu’un ballon qui rebondit sur un bras (parfois dans la surface de réparation) ne sera pas sanctionnée. Trop dur pour le spectateur qui ne comprend plus, ou … qui ne veut pas comprendre. La solution pourrait être celle de siffler toutes les mains ; mais ce serait alors injuste pour celui qui subit le ballon sur sa main.

Quoiqu’il en soit, l’arbitre prend trop souvent la mauvaise décision contre le joueur qui réclame, le dirigeant qui conteste ou le spectateur qui hurle. Sur chaque action l’arbitre est contesté ; même sur des actions incontestables. Toujours un mot, une remarque, une comparaison, un retour en arrière. Toujours à charge contre l’arbitre. Du pro à l’amateur. Sans cesse. Mais en district, il est souvent bien seul.

En fait, le quotidien dominical de l’homme en noir n’est plus qu’une accumulation de désapprobations. Une accumulation de reproches avec peu de possibilité d’y répondre. Il subit les attaques permanentes et quand il ose parler (le bougre !) de son sport et de sa fonction, il est remis à sa place par ses détracteurs.

Pas de place pour se plaindre. Pas de place  pour se défendre.

C’est tellement plus facile de dire que l’arbitre n’a pas sifflé « péno » que de reconnaître qu’il a pris la « bonne » décision. Trop c’est trop. Je soutiens mon collègue arbitre dans cette difficile épreuve.  Ainsi, je n’irai pas sur les terrains le week-end prochain. Pour les solutions, je vous remercie de me laisser un peu de temps pour y penser ! Cela en laissera également à tous ceux qui veulent bien y réfléchir.

N’attendons-pas un drame avant de réagir, et même si une immense partie des pratiquants de ce sport n’est pas directement concernée par la violence verbale ou physique vis-à-vis du corps arbitral, beaucoup ont déjà assisté à des mauvais comportements à l’encontre de ce dernier.

Pour moi, c’est stop dimanche prochain et j’espère ne pas être le seul. En attendant de prendre le problème à bras le corps. Et d’y cogiter. Cet écrit lapidaire n’est qu’une porte d’entrée à un questionnement que de nombreux acteurs du foot corrézien (mais bien au-delà) doivent se poser. C’est tout. Pour un dimanche ordinaire mais sans violence.

Un arbitre de Corrèze

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